Pierre Manent : nation et mondialisation
Agrégé de philosophie, directeur d'étude à l'école des hautes études en sciences sociales (EHESS), Pierre Manent, cet ancien proche de Raymond Aron totalement méconnu du grand public est pourtant l'un des plus brillants esprits de notre époque.
Conservateur et patriote, il plaide pour une reconstruction de notre imaginaire national tout comme il plaide pour le retour d'un libéralisme inscrit dans le cadre de la nation
1 - Pierre Manent sur la nation
Pierre Manent nous fait part ici de sa définition de la Nation, définition ô combien difficile à résumer, qu’il perçoit comme une sorte de synthèse entre "l’empire" et la "Cité" circonscrite à un territoire donné, nécessairement plus étroit qu’un empire. Il insiste sur le rôle prépondérant du christianisme que chaque nation européenne a "modélisé à son image". Autrement dit, selon la très belle formule de Pierre Manent, "la nation européenne constitue la forme politique que s’est attribué le christianisme". Cette notion de "nation" étant devenue péjorative consécutivement aux drames du XXè siècle, il apparaît nécessaire, pour Manent, de "reconstruire un imaginaire national" par un retour à une véritable confiance en soi. Et cela passe obligatoirement par une vraie affirmation d’une "citoyenneté française", qui seule permet de "partager une aventure collective" contrairement à une "citoyenneté du monde" ou même une "citoyenneté européenne". Enfin Manent estime qu’il faut prendre en compte 2 phénomènes récents, à savoir, d’une part, une arrivée massive de musulmans sur notre territoire et d’autre part un abandon de la volonté d’assimilation de la communauté juive. Manent indique, par ailleurs, ne pas croire véritablement qu’ une neutralité laïque absolue puisse perdurer.
2- Pierre Manent sur la mondialisation
Lors d’une conférence à l’institut de Prague intitulée "Grandeur et misère du libéralisme" qui s’est tenue en 2009 juste après la crise financière, voici, en substance, ce qu’a dit Pierre Manent concernant le libéralisme et la mondialisation :
"Il y a certainement une grande crise. Mais est-ce que c’est une crise du libéralisme ? Je dirais que c’est une crise de la mondialisation libérale. Ce n’est pas une crise du capitalisme, ce n’est pas une crise du libéralisme, c’est une crise de la mondialisation libérale, c’est-à-dire que c’est une crise de cette perspective – qui m’a toujours paru une utopie – selon laquelle les hommes pouvaient être directement acteurs sur un marché mondial sans passer par la médiation d’un marché national. Or historiquement, le capitalisme s’est développé dans les marchés nationaux. C’est un point que les historiens de l’économie ont bien documenté. Le capitalisme ne s’est pas développé par le commerce international principalement. Il s’est développé dans les marchés nationaux.





