mardi 17 décembre 2013 - par maQiavel

L’intelligence collective

Voici un documentaire sur le football … non, ne vous enfuyez pas, c’est une plaisanterie.

 

Les équipes de football, les bancs de poissons, les orchestres musicaux, les amibes ne sont qu’un prétexte pour aborder la thématique de l’intelligence collective.

 

Ce film, propose de reconsidérer ces éléments comme organisation d’un système pour le moins complexe. Un travail pragmatique, éclairé par des concepts issus de la théorie des systèmes, permet de mieux comprendre comment se construit une intelligence collective.

 

 

Les systèmes complexes

 

Un système complexe est fait d’éléments en interaction les uns avec les autres, et organisé en fonction d’un objectif (Ex : Une ville, une colonie de fourmis, un système économique etc.).

 

La simple agrégation des comportements individuels des composants ne permet pas d’inférer le comportement global. Le principe de superposition en mathématique selon lequel l’addition des comportements individuels donne le comportement global ne s’applique pas dans l’étude des systèmes complexes. Le tout est supérieur à la somme des parties. Un regard topique ne permet pas d’avoir une vue d’ensemble, le point de vue doit s’élever pour que les interactions entre individus se révèlent pour prendre la forme d’un système complexe.

En sociologie, cela renvoie au paradigme holistique d’Émile Durkheim selon lequel la société est un holon, un tout qui est supérieur à la somme de ses parties, elle préexiste à l’individu et les individus sont gouvernés par elle. Dans ce cadre, la société englobe les individus et la conscience individuelle n’est vue que comme un fragment de la conscience collective. Selon ce point de vue, l’objet des recherches sociologiques est le fait social, qu’il faut traiter comme une chose.

 

L’émergence

 

Comment une structure harmonieuse peut elle émerger d’interactions multiples ? La particule connait elle le mouvement qui permet d’engendrer un mouvement efficace ?

 

Pour expliquer ce passage de l’état individuel à l’état socialisé on peut partir de l’exemple des bancs de poissons dont le modèle peut être reproduit par des simulations informatiques.

 

Le banc de poisson a pour objectif majeur d’augmenter la capacité de survie des poissons qui le constituent en décourageant les prédateurs et en facilitant la recherche de nourriture.

 

Trois comportements sont nécessaires pour modéliser le banc :

 

1. L’Evitement : ne pas heurter ses congénères et aux prédateurs.

 

2. La centrifugation : chercher à se mettre au centre de la nué

 

3. L’ajustement des vitesses : aller à des vitesses proches de ses voisins.

 

 

En utilisant ces trois comportements modélisés par informatique pour chaque poisson, on obtient une dynamique similaire à celle d’un ban de poisson réel.

 

 

A partir d’interactions basique dotées de règles élémentaires, on a un comportement global complexe, appelé « une émergence » !

 

Le poisson n’a pourtant ni la volonté, ni la conscience de participer par ce phénomène. Le poisson n’agit pas en fonction de la finalité, il ne fait que réagir à des comportements élémentaires.

 

Cela renvoie à ce que les Marxiste appellent la « conscience de classe » qui désigne le fait que chaque classe sociale possède une certaine conscience de ce qu’elle peut accomplir dépassant la conscience des individus qui la constituent.

 

Les capitalistes, par leurs simples activités individuelles de production et reproduction de leur capital particulier participent à la constitution d’un système social complexe et cohérent, supérieur à leurs actions individuelles, appelé le capitalisme !

Cependant, l’humain a la particularité de pouvoir accéder à la perception globale de la finalité de son acte, caractéristique qui permet d’inventer de nouvelles solutions qui permettent de vivre dans des environnements de plus en plus complexes.

 

Entre les membres du système humain, un réseau relationnel se tisse. Il permet de faire converger les particules vers une stratégie collective. Trouver sa place au sein dus système fonctionne à deux niveaux : il faut savoir agir en tant qu’individu et comme partie de l’ organisme supérieur.

 

Interaction des systèmes

 

La grande force et en même temps la grande fragilité des systèmes complexes est qu’ils sont soumis à une régulation permanente de ceux qui les constituent. L’oscillation entre ordre et désordre, nous offre le spectacle constant de la quête d’une harmonie.

Pour se maintenir au fil du temps, un système doit trouver un équilibre délicat entre l’affirmation de son identité et l’adaptation à un environnement contrariant. Cette régulation permanente pose les principes de l’évolution.

 

Différents systèmes sont en interactions et dépendent les uns des autres pour survivre (Ex : systèmes en lutte pour le même type de ressources, systèmes échangeant des ressources différentes, affrontements entre deux systèmes animés par la même volonté de maintenir leur structure et crée le chaos dans l’organisation adverse appelé communément « la guerre » etc.).

 

Si un de ces systèmes évolue, les autres seront obligés d’évoluer également pour survivre. Le tout constitue donc un super système.

 

Ces phénomènes pourraient renvoyer au livre de Howard Bloom, « le principe de Lucifer » selon lequel L’homme est fondamentalement social et produit un système auto-organisateur constitué lui-même des sous-systèmes auto-organisateurs.

 

Il existerait selon Bloom un darwinisme des groupes (des sous-systèmes auto-organisateurs), le véritable « étage » du darwinisme, étant le super-organisme collectif. Ce ne sont pas des unités individuelles isolés qui se livrent des guerres pour la survie, mais des groupes fédérateurs de plusieurs individus. Au sein de ces groupes fédérateurs, on retrouve des dissensions mais aussi de la solidarité, du partage, du sacrifice, certains acceptant de mourir pour l’intérêt supérieur du groupe (l’exigence de descendance collective primant sur l’exigence de descendance individuelle)

 

Pour Bloom l’Occident a été dans l’histoire un organisme ultra-compétitif, qui a pu dévorer le monde en quelques siècles.

 

Selon lui, toutes les stratégies de pouvoir, depuis toujours, reposent en réalité sur cette dynamique spontanée.

 

Source : FootballNacy

 tanyagrenier 



107 réactions


  • erQar erdar 17 décembre 2013 19:04

    Intéressant le système d’amibe, lorsqu’il y a suffisamment à manger, elle permet l’individualisme. Et lorsqu’il n’y a plus rien à manger, elle se regroupe pour aller vers une zone plus nourrissante.

    Ces organismes ont une volonté propre, mais faire la juxtaposition avec tous les systèmes est plutôt réducteur. Je pense que nous sommes d’accord pour dire que les organismes (banc de poisson, fourmi, etc...) ne s’autodétruise pas, on constate une harmonie. Alors que le système humain est autodestructeur et est capable de s’autodétruire. Si l’on prend le cas du foot, il n’y que chez les joueurs pro que le système que l’on peut observer une harmonie, mais en amateur (c’est à dire instinctivement), ce n’est pas le cas.

    Pour finir, je pense que l’humain est à part car il a cette chose que les animaux n’ont pas mais là, on dévie sur un autre sujet...celui du libre arbitre.

    Dans le règne animal, seul l’humain détruit son espèce pour le plaisir.


  • Radix 17 décembre 2013 21:29

    Bonsoir Machiavel

    Si l’intelligence collective existe elle ne peut ne peut-être que la somme des intelligences individuelles, alors pourquoi une foule est toujours alignée sur l’intelligence la plus primaire ?

    Radix


    • Morpheus Morpheus 17 décembre 2013 23:08

      Un épisode de " This american life" en 2009 a montré une interview de Will Felps, un professeur qui a mené une expérience sociologique démontrant la puissance surprenante de l’effet des moutons noirs (Bad Apples).
       
      Des groupes de lycéens ont été organisés en équipes et ont reçu pour tâche de prendre des décisions basique de direction en 45 minutes. Pour motiver les équipes, on leur dit que l’équipe qui s’en sortira le mieux sera récompensée par une somme de 100$ par personne. Ce qu’ils ne savent pas, cependant, c’est que dans certains des groupes, le quatrième membre de leur équipe n’est pas un étudiant. C’est un acteur engagé pour jouer un mouton noir, un de ces types de personnalité :
       
      1- Le pessimiste dépressif : Il va se plaindre que la tâche à remplir n’est pas amusante et va émettre des doutes concernant la capacité de réussir du groupe.
       
      2- Le branleur : Il va dire que les idées des autres ne sont pas appropriées mais ne proposera à la place aucune alternative. Il dira : "Les mecs, vous avez besoin d’écouter un expert, moi ."
       
      3 - L’indifférent : Il dira "Si vous voulez", et "J’en ai vraiment rien à faire"
       
      L’hypothèse de départ est que même avec cette expérience, aucun de ces facteurs perturbateurs ne devrait avoir d’effet sur les groupes. Les groupes sont puissants. Les groupes dynamiques sont efficaces. De cette façon, les groupes dominent les individus, et non l’inverse. Ce qui tendrait à prouver que les gens se conforment au valeurs et aux normes dictées par le groupe.
       
      Mais Will a trouvé le résultat inverse. Invariablement, les groupes qui avaient "la mauvaise graine" se débrouillaient mal. Cela, malgré le fait que certaines personnes dans les groupes étaient très talentueuses, intelligentes et aimables. Felps a constaté que le comportement du "mauvais élément" avait un effet très significatif - les groupes avec un mauvais élément on travaillé 30 à 40% moins bien que les autres.
       
      Dans ces équipes là, les gens se disputent et se battent, ils ne partagent pas d’informations importantes, ils communiquent moins.
       
      Encore pire, les autres membres de l’équipe ont adopté en partie certaine des caractéristiques des mauvais éléments. Quand il agissait en branleur, ils commençaient à agir de la même façon, quand il se montrait indifférent, ils faisaient pareil, etc.
      Ils n’agissaient pas seulement de cette manière en réponse à la mauvaise graine, mais ils agissaient de cette manière entre eux.
       
      En simplifiant, ce qu’ils ont constaté est que le pire membre de l’équipe est le meilleur moyen de prédire le résultat de l’équipe. La question de savoir comment est le meilleur membre du groupe ou comment est la moyenne du groupe ne semble pas poser problème. Les équipes avec les mauvaises personnes ont été les moins efficaces.
      Ira Glass, l’hôte de " This american life" a trouvé les résultats si ahurissants qu’il a commencé à interroger sa propre équipe de travail.
       
      « Les mauvais éléments sont si communs que ça m’a stupéfié. Vraiment, j’ai été en quelque sorte hanté par ma conversation avec Will Felps. En découvrant sa recherche, vous réalisez à quel point il est facile d’empoisonner n’importe quel groupe. Chacun d’entre nous cette semaine a du se demander à un moment ou l’autre si nous n’étions pas les mauvais éléments dans nos propres groupes. Comme toujours, la remise en question est le premier pas. Si vous ne pouvez pas dire quel est le mauvais élément dans votre groupe, alors peut-être que c’est vous. Considérez votre comportement dans votre équipe. Est-ce que vous ne glisseriez pas un peu vers une de ces mauvaises façons de faire ? »
       
      Néanmoins, il y a eu une petite étincelle d’espoir dans cette expérience. Un groupe en particulier s’est démarqué. Un groupe s’en est très bien sorti, malgré le mauvais élément. Il y avait juste un jeune homme, qui était un leader particulièrement bon. Il posait des questions, engageait tous les membres de l’équipe et dissolvait les conflits. Plus tard, j’ai découvert qu’il est en fait le fils d’un diplomate. Son père est diplomate d’un pays sud-américain. Il avait cette capacité merveilleuse de dissoudre le conflit qui aurait normalement émergé quand notre acteur, Nick, montrait entièrement son comportement " branleur". Si le fait de savoir qu’un groupe peu être empoisonné si facilement et si profondément par les pires tendances d’un seul membre, cela réchauffe le cœur de savoir qu’un leader avisé, si vous êtes assez chanceux pour en avoir un, peut intervenir et potentiellement, contrôler la situation.
       
      Tiré du "Citizen Handbook"


    • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 17 décembre 2013 23:58

      Très intéressante cette expérience, je ne la connaissais pas. Cela semble indiquer ( mais non démontrer absolument smiley ) que le rôle de l’agent perturbateur est déterminant, mais aussi que son action pernicieuse peut être compensée par la présence d’un "réparateur". J’ai parfois remarqué l’importance du "réparateur" dans les groupes, c’est quelqu’un qui pense toujours à la manière de faire mieux fonctionner ce qui fonctionne mal, il agit comme un médicament et fait cela naturellement. 


    • erQar erdar 18 décembre 2013 00:23

      @morpheus

      Très instructif.
      Il suffit d’une pomme pourrie pour pourrir les autres.
      Et il faut une pomme résistante pour éviter la contamination.
      Dans tous les cas, il est clair qu’il est plus simple de détruire que de construire.
      La conclusion de ce commentaire : dans un monde chaotique, il faut des leader qui désamorce les conflits et dans un monde saint, une auto organisation est suffisante.


    • Morpheus Morpheus 18 décembre 2013 13:12

      Yonanda, tu as du mal comprendre, car c’est exactement le contraire : l’hypothèse de départ est que la dynamique du groupe l’emporte sur les comportements individuels, or, l’expérience a montré que c’est le contraire : c’est la "pomme pourrie" qui influence la dynamique du groupe.
       
      Cela étant, il faudrait rééditer ce genre d’expérience sur de la collaboration a plus long termes, car sur une petite heure, je pense (a priori) que ce n’est pas pareil que si la collaboration doit durer plus longtemps. A tester (avis aux étudiants en sociologie).


  • christophe nicolas christophe nicolas 18 décembre 2013 11:02

    Il ne faut pas se comparer à des animaux sinon c’est dire que le corps commande l’esprit ce qui fait de nous des animaux, ce qu’on ne veut pas être. Il faut se comparer à ce qu’il y a de mieux pour s’élever et non à ce qui est bas car c’est se rabaisser. Les poissons nous nourrissent et les abeilles nous donnent du miel.

     

    Le collectif est source d’enrichissement mais aussi de bêtise. Un collectif passe forcément en dessous de chacune de ses parties car le collectif n’a pas d’âme sauf s’il est représenté par une personne qui a une âme. C’est le chef d’orchestre, sauf qu’aujourd’hui, il ne respecte plus œuvre du compositeur. Le chef d’orchestre a décidé de modifier la partition, il ignore le compositeur, il se fait sa tambouille et elle est particulièrement imbuvable et la salle se vide.

     

    Il va falloir le virer ce chef d’orchestre mégalomane car il a décider de s’accaparer toutes les richesses avec la complicité de quelques musiciens. Quel con ! Le compositeur n’en revient, pas, il a laissé faire pour voir mais il est écœuré de sa tambouille. Il joue faux, il est hautain, il n’honore pas, il fait des contresens, c’est n’importe quoi, il veut tuer la musique de l’amour.

     

    LA Tilma rappelle à ceux qui l’ont oublié, qui est le compositeur. Dieu est le compositeur.


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