jeudi 18 août - par Lucia Gangale

Weirdo Lalie : "Ivresse" parle de la rage, mais je crois au dialogue et à la volonté

 

J’ai entendu Lalie chanter pour la première fois dans une salle de théâtre universitaire. Puis à un festival de musique. Et j’ai été frappé par sa personnalité et, bien sûr, par sa voix.

Je suis heureux de l'avoir interviewée, car je pense avoir recueilli une très bonne interview, l’une des meilleures que j'ai faites dans ma vie.

Je vous invite à la lire, et à regarder la vidéo. C’est un morceau puissant et mélodieux, qui fait déjà beaucoup de chemin.

   Que signifie ton nom de scène, Weirdo Lalie ? 

Je suis très attaché à mon prénom donc je voulais le garder dans mon nom d’artiste et ne pas m’en séparer, mais Lalie tout seul ne me plaisait pas forcément et ne m’accordait pas une identité particulière. L’année dernière j’ai composé et sorti un titre sur Instagram sous le nom « I’m a weirdo », dont les paroles en anglais reflètent bien comment je me sens dans le monde. Le mot « weirdo », « bizarre » en anglais, est un mot qui me qualifie assez bien et qu’on m’a souvent jeté à la figure, de manière péjorative surtout. J’ai donc décidé de me le réapproprier en l’intégrant à mon nom d’artiste « Weirdo Lalie », parce qu’aujourd’hui je suis fier d’être bizarre, étrange, et différent.

 J’ai écouté très attentivement ta chanson et celle de Zonari et j’ai l'impression que la "rage” qui y est mentionnée est un message pour l’auditeur. C’est-à-dire : la rage doit être un stimulant pour surmonter nos difficultés et dépasser nos limites. Je pense que le message est le suivant. Droit ?

 Le refrain que j’ai composé pour le titre « Ivresse » de Zonari a pour thème principal la rage effectivement avec les paroles « Si tu t’en vas, prends toute ma rage. Si tu t’envoles, regardes l’orage. » Ici la rage représente plutôt ce qu’il reste après une relation qui se termine, des sentiments négatifs dont on voudrait se débarrasser pour sortir complétement d’une période ou d’une relation qui a été compliquée, enfin c’est comme cela que je l’ai pensé. La rage ou la colère sont pour moi des émotions que je n’aime pas ressentir et que je chasse. La phrase « Si tu t’en vas, prends toute ma rage » a cette force-là de dire « Tu veux partir, très bien, mais emporte avec toi le négatif, la colère, les ondes négatives ». Je pense qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir de la rage pour surmonter des difficultés mais plutôt de la force et de la volonté, et avoir l’envie de surmonter l’épreuve mais surtout d’être entouré de personnes bienveillantes et saines.

 Selon toi, donc, pour quelles raisons les jeunes devraient-ils être en colère aujourd’hui ?

 Il y a mille raisons d’être en colère face au monde d’aujourd’hui : face à l’inaction contre le changement climatique, face à l’inaction politique dans pleins de domaines, face aux violences policières, face aux violences conjugales, face au patriarcat et à l’inégalité de genre, face au racisme, face aux LGBTphobies, face aux discriminations en général, face au capitalisme et au mode de société dans lequel on vit. Mais comme je te l’ai dit je ne pense pas que la colère soit un moteur pour porter une lutte. Pour dialoguer, la colère n’est pas une bonne solution selon moi, même face à des personnes qui ne nous écoutent pas. Certes, on ne peut pas rester neutres et inactifs et je ressens moi-même la rage face à tous les problèmes qui nous entourent mais je reste convaincu que la communication doit se faire sans violence, sans haine et sans colère.

 Comment t’es-tu formé, musicalement parlant ? Parle-nous un peu de ton histoire artistique.

 J’ai commencé le chant par une chorale d’enfants dans ma ville natale à Nancy. Cette chorale nommée « Les Mirabelles » était un projet où l’on chantait des paroles inventées sur les grandes mélodies de Mozart. Suite à mon déménagement à Tours à l’âge de 8 ans, j’ai voulu retrouver une pratique musicale dans cette nouvelle ville et j’ai fait plusieurs années de gospel à « Gospel Aujourd’hui » et de théâtre musical jazz. J’ai pratiqué le théâtre musical dans le « Chœur d’enfants du Petit Faucheux » dirigé par Erwann Jan pendant 6 ans. J’ai également participé à la chorale de mon collège pendant 4 ans. À côté de ces structures qui « encadraient » ma pratique musicale, je continuais de chanter chez moi, à faire des karaokés et à écrire mes propres musiques et paroles. J’ai commencé à partager sur Youtube en mai 2018 et depuis j’ai approfondi la composition en apprenant en autodidacte le piano et le ukulélé. J’écris et compose aujourd’hui l’intégralité des mes chansons personnelles, et continue également à faire des reprises d’artistes que j’affectionne, et à les publier sur mes divers réseaux.

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 Comment a débuté ta collaboration avec Zonari ?

J’ai rencontré Zonari par le biais d’Instagram. Après la publication d’une reprise de rap du morceau « À ma place » du groupe VSO, Zonari m’a contacté car il appréciait ma voix et voulait collaborer avec moi. C’est un rappeur qui cherchait quelqu’un pour poser une voix sur ses refrains. On s’est tout de suite bien entendu et on a collaboré naturellement sur ses morceaux d’abord – j’ai posé ma voix sur nombreux de ses titres – puis sur mes morceaux. On a même fini par composer ensemble un titre guitare – voix sur des paroles que j’avais écrite, le morceau s’appelle « Cage dorée » (et il sortira bientôt normalement !).

Sur ta chaîne Youtube, on peut regarder des vidéos où tu joues dans ta chambre. Est-ce une manière de partager un peu de ta dimension intime avec ceux qui t’écoutent ou est-ce simplement le lieu où naissent tes compositions et tes covers ? (à quelle heure du jour ou de la nuit, de préférence, tes compositions naissent…)

 Je pense que je répondrai un peu des deux !

Je compose effectivement exclusivement chez moi alors j’ai choisi naturellement de filmer mes vidéos dans mon lieu de création et où était entreposé mon piano. J’ai ensuite voulu réaliser des vidéos qui sortaient du classique face caméra et j’ai tourné quelques clips à l’extérieur mais globalement les vidéos que l’on peut retrouver sur Youtube ou Instagram sont filmées dans ma chambre face à mon piano ou...sur mon lit ! Le fait de me filmer chez moi permet aussi à mon sens de rester authentique et sincère avec le public. Je ne cache rien, je ne mens pas, je compose chez moi à l’endroit même où je me filme.

Je n’ai pas d’horaire privilégié pour composer, même si sais que je ne compose pas la nuit par exemple ! Je fonctionne souvent de la même manière : j’écris des textes, des phrases, des bouts de poème dans mes notes de téléphone ou dans des carnets à des moments aléatoires de mes journées, puis un moment je me mets face à mon piano ou à mon ukulélé et je compose la mélodie que m’inspire mes paroles. Parfois, il m’arrive aussi de composer directement et de créer les paroles avec la mélodie mais c’est plus rare : ce sont souvent les paroles qui me viennent en premier puis la mélodie.

 Et les chansons que tu as composées, de quels sujets traitent-elles, de préférence ?

 Les chansons que je compose parlent exclusivement et quasiment toutes de nostalgie. J’écris plutôt des paroles qu’on pourrait qualifier de tristes, du moins mélancoliques. La musique me permet d’extérioriser ces pensées négatives et me sert d’exutoire pour mes émotions. Je suis plus facilement inspiré par la tristesse et j’écris souvent sur des choses que je vis ou que j’ai vécu. Les mettre en musique me permet de me les réapproprier, et j’espère aussi, toucher d’autres personnes qui vivraient les mêmes choses.

 Quels auteurs de la chanson française et de la musique internationale écoutes-tu avec le plus d’intérêt et/ou peut-être toi inspires-tu ?

 J’ai du mal à répondre à cette question quand on me la pose car j’écoute énormément d’artistes différents et ce depuis très longtemps. Je suis avide de nouvelles découvertes et j’écoute et découvre beaucoup de groupes différents tout le temps ! Je dirais que je suis plutôt inspiré par des artistes de chanson française ou francophone car leurs paroles me touchent et que j’accorde une grande importance aux paroles. Je pourrais te citer Ben Mazué, Pierre Lapointe, Cœur de Pirate, Bénabar, Les Fatals Picards, Clio, MPL, Volo ou plus ancien Barbara et Françoise Hardy. Pour ce qui est du style musical, le slam est un genre musical qui m’inspire beaucoup car il se situe à la frontière entre musique et poésie, j’aime aussi beaucoup le rap pour les mêmes raisons avec des artistes comme Achile, Orelsan, Damso, Gaël Faye, Poupie ou Aloïse Sauvage. Je peux aussi ici te citer Grand Corps Malade que j’aime particulièrement. En artistes internationaux, j’écoute plutôt de la pop et je peux te citer des artistes qui me viennent à l’esprit comme Mika, Marina, Dodie ou encore Paramore.

 Quelle est la plus belle scène où tu as joué ?

J’hésite entre deux scènes parce que j’ai des souvenirs particuliers attachés à chacune d’elle : d’une part la scène du Petit Faucheux à Tours car je la connais comme ma maison et j’ai beaucoup de très bons souvenirs avec tout le temps passé là-bas ; et d’autre part la salle Thélème à Tours également car j’y ai rencontré des personnes formidables et que c’était une chance inouïe d’avoir une si belle salle et si bien équipée pour un atelier de théâtre universitaire.

Outre le chant, pratiques-tu d’autres activités artistiques ?

 Je fais aussi du théâtre. J’ai commencé parallèlement le chant et le théâtre en 2010 avec le théâtre musical et n’ai pas cessé depuis. J’ai continué tout au long de mon cursus scolaire, au collège, au lycée, puis dans la troupe universitaire. J’aime énormément le théâtre, aussi bien en tant que comédien qu’en tant que spectateur.

Sinon, j’aime beaucoup les arts manuels en tout genre comme l’origami ou la cuisine !

Je termine ici en donnant mes réseaux sociaux pour me retrouver :

Instagram : @weirdolalie

Youtube : Weirdo Lalie




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