mardi 25 février 2014 - par L’Andalou

Marcel Gauchet sur l’éducation

Voici une intervention de Marcel Gauchet sur l'éducation.

 

On le connaît surtout pour son oeuvre intitulée Le désenchantement du monde ou pour ses livres de philosophie politique.

 

On le connaît moins pour ses oeuvres sur l'éducation. Or, les choses qu'il dit sur ce domaine sont loin d'être inintéressantes.

 

Il fait notamment remarquer que, ces derniers temps, l'homme semble fuir le savoir alors qu'auparavant, il était plutôt en quête de celui-ci.

 



68 réactions


  • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 12:32

    Un penseur intéressant sur un sujet passionnant et primordial.

    Merci pour cette vidéo.


  • childéric childéric 25 février 2014 13:34

    C’est l’hédonisme ambiant, le "jouir sans entrave", le fait qu’en plus on ait des inquisiteurs médiatiques comme les fourest et les caron qui nous insultent dès qu’on essaye d’élever le débat qui font que l’Homme d’aujourd’hui se fiche du savoir.


    • Gollum Gollum 25 février 2014 14:35

      Lier désir de ne rien savoir avec l’hédonisme est un peu court et facile..


      Je crois que dans certaines confessions sectaires, islamisme rigoriste ou d’autres, le désir de savoir n’est pas plus mis en avant et la philosophie sous-jacente est plutôt d’empêcher de jouir précisément..

  • un primate un primate 25 février 2014 14:30

    La méfiance vis-à-vis du savoir c’est la méfiance vis-à-vis du savoir académique, c’est donc la méfiance vis-à-vis de l’institution elle-même, donc méfiance vis-à-vis de l’état.


    Le savoir académique, scolaire, est un mythe, un faux savoir. Il n’existe que pour séparer le bon grain de l’ivraie, sélectionner les éléments susceptibles d’être utiles à l’état et laisser de coté les autres. L’état n’étant que le faux nez des lobbys industriels, véritables maîtres de la société. L’école républicaine est une école industrielle, un laminoir gigantesque.

    Le coeur de ce faux savoir ce sont les mathématiques. D’une logique froide, implacable, sans esprit de contradiction, sans créativité, sans particularisme. Je parle des mathématiques scolaires pas des mathématiques de très haut niveau. 

    Le vrai savoir est le savoir pratique. Mais dans une société industrielle, il ne sert pas les intérêts de l’état qui n’a pas besoin d’artisans, de paysans, de véritables travailleurs mais qui a besoin d’employés dociles exécutant des tâches morcelées.

    Dans notre société, une véritable école, dispensatrice de vrai savoir, n’est qu’une vue de l’esprit, une illusion parentale.

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 15:03

      @ un primate :
       
      "Le vrai savoir est le savoir pratique".
       
      Voilà une phrase bien étrange. Voulez-vous dire par là que ce qui n’est pas résolument tourné vers l’utilité pratique immédiate est vain ? Parce que c’est précisément sur de telles idées que s’est opérée la déconstruction des savoirs au sein des établissements. On a fait perdre leur aura aux humanités au profit de "savoirs pratiques", mieux aptes à faire rentrer chaque élève dans une case dès la sortie de l’école. Ainsi celle-ci n’apprend-elle plus à devenir homme, elle apprend avant tout un "métier" utile à la division du travail. Elle apprend à vénérer ce qui a un coût et à écarter l’effort gratuit et la connaissance pour elle-même. Alors qu’elle devrait produire une société, l’école s’adapte à celle-ci.
      Voilà, il me semble, l’étendue de la catastrophe.


    • un primate un primate 25 février 2014 17:47

      Par savoir pratique, j’entendais l’exercice du concret. L’apprentissage de savoir-faire.

      L’école fabrique des semi-lettrés, des pseudo-intellos, résultats de ces fumeuses et prétentieuses "Humanités", totalement incapables de faire quelque chose de leurs mains (et de leurs vies). Toutes ces heures à faire semblant de s’intéresser à Corneille ou à l’Histoire officielle (donc sans intérêt) au lieu d’apprendre à faire un peu de cuisine, du tricot, du bricolage, du dessin ou de la mécanique, bref, à travailler réellement. Au fond, l’école nous coupe du travail dans le vrai sens du terme, c-a-d, à s’occuper utilement pour soi et les autres.

      L’école transforme tous les enfants de paysans ou de prolos en employés du tertiaire incapables de planter un clou (j’exagère un peu, je sais). C’est ce qu’on appelle abusivement l’ascenseur social.

      L’école métamorphose le peuple. Le paysan, l’ouvrier avaient un savoir-faire, une culture transmise de génération à génération. L’homme moderne, passé par l’école, a perdu toute cette culture. L’école nous désapprend ce que nos aïeux savaient. Elle nous transforme en petits bourgeois plus ou moins obéissants. Au fond, sa raison d’être est avant tout disciplinaire. C’est une sorte de bagne, de service civil d’où l’on ressort avili (par le système de notation et le conformisme).

      Bon, je suppose que ça se voit que j’ai une dent contre cette institution qui vole non seulement l’existence des gosses donc des gens (les meilleurs heures des meilleurs années de nos vies) mais aussi leur identité (l’école laïque dénie toute religion comme toute appartenance de classe).

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 18:00

      L’école, c’est aussi l’apprentissage d’un idiome commun (la moindre des choses), la lecture et l’écriture avant que de se lancer dans un métier, tout un ensemble de rudiments dont je ne dresserai pas la liste ici.

       
      Le modèle que vous regrettez est pragmatique, seulement il ne forme pas des citoyens, il produit des producteurs-consommateurs, comme le modèle actuel.
      Les humanités, dont l’importance vous échappe, sont ce savoir qui invite chacun et chacune à sortir du train-train habituel, de la vie besogneuse, de l’individualisme ou de la conscience de classe pour s’interroger quelque peu sur la pertinence d’une vie consacrée uniquement au labeur dans le désintérêt de son prochain.

       
      Pour comprendre le monde, déconstruire un message politique ou publicitaire, apprendre à s’exprimer en public, les humanités sont bien plus précieuses que la couture ou le jardinage qui, eux, s’apprennent sur le tas.


    • un primate un primate 25 février 2014 18:46

      M’ouais...


      Votre discours est le discours convenu, excusez-moi de vous le dire.

      Au fond, je parle d’autre chose. Je dis que l’école est une formidable machine d’état à broyer les identités, à détruire les cultures populaires. Au profit d’une culture de masse, une culture petite bourgeoise, créatrice de consommateurs, d’employés, d’individus utiles au système. Mais plus à eux-même.

      Une masse amorphe, dé-politisée, dé-spiritualisée, coupée de ses racines, sans autre but et choix que de se vendre.

      L’école est une énorme catastrophe anthropologique.

    •  Qanelle Qanelle 25 février 2014 19:13

      Putain Eric , je suppose que tu pèse tes mots.

      Le savoir pour tous , depuis quand ?
      Le petit nombre nourrit par le grand nombre, il y a des coups de pieds dans le cul qui arrivent, fait gaffe a ton trou de balle. 
      ton discours est condescendant.

    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 19:32

      Eric et Primate, vous ne parlez pas de la même chose et vos discours se croisent sans se rencontrer !


      Le véritable problème est celui de la vitalité. L’éducation, l’enseignement sont-ils vivants ou morts, telle est la question. Ils ne s’agit pas d’opposer les "savoirs concrets" et les "savoirs abstraits", cela n’a pas de sens, c’est une fausse contradiction qui nous ramène à la querelle des arts mécaniques et libéraux de la fin de l’époque médiévale ! 

      Quand un jeune apprend à être un vrai menuisier, capable de faire une armoire de style en partant de simple planches, ce qui lui est transmis est à la fois abstrait et concret. De même, une véritable formation au métier de paysan, qui est très complexe, est aussi un enseignement culturel. 

      A un autre niveau, celui qui fait des études d’histoire ou de linguistique avec un bon maître n’est pas condamné à devenir un intello coupé des réalités (à qui on ferait mieux d’apprendre à planter un clou). 

      L’enseignement peut être mort ou être vivant (et ce n’est pas une métaphore creuse) dans toutes les disciplines, qu’elles soient techniques ou intellectuelles. C’est cela et pas autre chose qui est important en éducation : arriver à distinguer ce qui tend vers la vie et ce qui tend vers la mort. 

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 22:02

      @ Qanelle :
       
      Tu vas me renifler le derrière encore longtemps ? Jamais de débats de fond, toujours des petites piques sans saveur. Tu es une anguille. Lis ce que je réponds plus bas au primate, puis argumente, sans me renvoyer encore à un sketch à deux balles. Merci.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 22:14

      @ primate (& Gaspard) :
       
      Vous me parlez d’élèves déracinés, dépolitisés... et vous escomptez remédier à cela par l’entretien d’activités laborieuses ? Primate, c’est précisément parce que l’école s’échine à n’enseigner aux élèves qu’un futur métier qu’ils sont dépolitisés.
       
      Les humanités, elles, préparent au métier de citoyen, fonction qui ne requiert ni les maths, ni la physique, mais la maitrise de la langue, la rhétorique, l’histoire nationale et internationale, la dialectique, ainsi que des éléments de droit et d’économie. Quant à la littérature, elle aide à rendre tout ceci vivant. Le fait même que l’on vienne nous dire que tout ceci ne sert à rien atteste du fait que l’on a perdu de vue ce que le mot "politique" veut dire.
      Une éducation libérale (entendre "préparant chacun à être autonome grâce aux humanités") amène au métier de citoyen, au ménagement d’une partie de notre temps d’adulte à la réflexion et à l’action politiques, à l’entretien d’un temps politique entre le temps technique (ou professionnel) et le temps domestique.
       
      Voyez, ce dont je parle n’a rien de conformiste il me semble. Si l’école républicaine fabrique du crétin, c’est parce qu’elle n’a souci que de trouver du boulot à chacun, qu’elle ne s’intéresse qu’à des individus déliés, égoïstes et besogneux, qu’à des producteurs-consommateurs, pas à des citoyens responsables et libéraux (i.e. généreux de leur temps, pas proches de leurs sous...). Rien de politique là-dedans, aucune identité collective non plus, ni dans ce que vous déplorez, ni dans ce que vous louez.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 22:43
      @Eric Guéguen, 

      Je suis d’accord avec la nécessité des humanités et je ne vois même pas comment on pourrait renoncer à cette transmission fondamentale sans abandonner du même coup tout projet de civilisation ou même simplement tout projet "humain". Les "humanités", ça dit bien ce que ça veut dire. 

      Mais...

      Quand j’étais scolarisé, j’ai senti à partir du collège que l’institution scolaire était une émanation de l’Etat. Et je me suis clairement senti en prison, avec des profs gardiens, pas méchants, mais gardiens quand même, fonctionnaires, soumis, impuissants, souvent habillés sans art, sexuellement frustrés (ça se voyait), pas entièrement bêtes mais stériles, de bonne volonté pour la plupart mais eux-mêmes prisonniers. Pourtant j’ai toujours été gourmand de connaissances et sans difficultés de compréhension, mais il y avait cette domination de l’Etat très perceptible qui m’inspirait de la méfiance et une envie de révolte. 

      C’est peut-être ça que veut décrire Primate ?
      Primate, connaissez-vous cet ouvrage (une référence !) :

      http://www.amazon.fr/soci%C3%A9t%C3%A9-sans-%C3%A9cole-Ivan-Illich/dp/2020055511

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 23:29

      Je comprends ce que vous dites Gaspard, bien que n’ayant quant à moi pas été un élève brillant et m’étant réveillé sur le tard, dans la bêtise quotidienne de mon emploi du moment.
       
      Je répondrais simplement que, plus encore qu’un savoir, c’est un mode de vie que les professeurs doivent transmettre, et un mode de vie résolument tourné vers la liberté de penser, ce qui, précisément, met à mal l’idée d’un État-carcan. Un élève ne devrait pas quitter l’école sans un bagage liminaire, fondamental. Quel est-il ? Le besoin de savoir. Je crois qu’une fois qu’un individu a choppé le virus de la curiosité, c’est gagné. Vous avez ce virus Gaspard, je l’ai également, et il ne faudra jamais que nous en guérissions.

       

      Cela dit, les humanités ne peuvent avoir de poids que dans un pays qui leur (re-)donne un sens : le métier de citoyen doit être bien plus conséquent que la fonction d’électeur qui nous est ouverte, selon nos caprices, à intervalle régulier. J’insiste sur la nécessité du "temps politique." À ce moment-là, les gens seraient en mesure de comprendre en quoi les humanités ont des vertus auxquelles les sciences dures et chiffrées ne peuvent prétendre. Dans le monde marchand qui est le nôtre, elles doivent s’entendre dire qu’elles "ne servent à rien".


    • un primate un primate 25 février 2014 23:34

      @Gaspard, 


      oui, vous avez pigé ce que j’essaie de dire. Non, je ne connais pas ce livre mais il est parfaitement approprié à mon propos.

      Ce que je conteste c’est l’existence même de l’école qui n’est qu’une prison pour enfants.

      Alors on m’objectera que l’on y apprend à lire-gna-gna et que c’est super de pouvoir profiter de la grande littérature-gna-gna. Et que la Culture c’est trop génial pasqu’après on est hyper intelligent gna-gna-gna.

      Je rêve d’un monde où l’école prendrait le moins de temps et de place possible (le strict nécessaire). Où elle serait au coeur de la vie et où elle ne priverait pas les garçons et les filles de leurs aventures. 

      Je donne les œuvres complètes de Nietzsche contre les merveilleux après-midis de l’enfance à travers bois et champs ! J’échange tout Céline contre une expédition nocturne à vélo vers le village en fête du canton voisin.

      Je préfère la vie à la connaissance. Dans un monde carcéral, la connaissance est certes une consolation, la culture, un baume. Mais ne perdons pas de vue l’essentiel. Et c’est ça justement que nous vole l’école.



    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 00:00

      La chasse à l’enfant

      Jacques Prévert (1934)

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      Au-dessus de l’île, on voit des oiseaux

      Tout autour de l’île il y a de l’eau

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      C’est la meute des honnêtes gens

      Qui fait la chasse à l’enfant

       

      Il avait dit « J’en ai assez de la maison de redressement »

      Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents

      Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment


      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

      Maintenant il s’est sauvé
      Et comme une bête traquée
      Il galope dans la nuit
      Et tous galopent après lui
      Les gendarmes, les touristes, les rentiers, les artistes

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      C’est la meute des honnêtes gens

      Qui fait la chasse à l’enfant

       

      Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis

      Tous le braves gens s’y sont mis

      Qu’est ce qui nage dans la nuit

      Quels sont ces éclairs ces bruits

      C’est un enfant qui s’enfuit

      On tire sur lui à coups de fusil

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      Tous ces messieurs sur le rivage

      Sont bredouilles et verts de rage

       

      Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

       

      Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

       

      Au-dessus de l’île on voit des oiseaux

      Tout autour de l’île il y a de l’eau.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 00:09

      "Je donne les œuvres complètes de Nietzsche contre les merveilleux après-midis de l’enfance à travers bois et champs ! J’échange tout Céline contre une expédition nocturne à vélo vers le village en fête du canton voisin."


      Mais Primate, pourquoi ne pas prendre les deux. Les premières discussions philosophiques avec un ami, après avoir passé une nuit à dévorer un livre, et avoir découvert que l’univers était encore plus vaste et plus ouvert que ce qu’on avait vu à vélo, c’est bien aussi, non ? Et puis, il faut penser aussi à ceux qui sont en ville, prisonniers du béton, du périphérique et du centre commercial ; et qui un jour ont la chance de rencontrer un vrai professeur qui leur donne le goût de la liberté intérieure. Ce n’est pas rien. 

       

    • Gollum Gollum 26 février 2014 09:06

      Je serai assez dans la synthèse entre primate et la chouette.


      Je ferai remarquer ici qu’autrefois il y avait une saison d’hiver favorable aux vues de la chouette, où l’on pouvait étudier, puisque dehors c’était fermeture des rideaux.. et une saison d’été favorable aux primates et à leurs envies d’expériences naturelles..

      La modernité a tué cela en uniformisant les journées et en exaltant les loisirs (toute l’année) au détriment des deux autres..

      Moi aussi j’ai très mal vécu l’école et je serai définitivement perdu si ma curiosité naturelle n’avait pas pris le dessus très tôt. La classe de philosophie de terminale fut un désastre : Marx, Freud, que des auteurs sans intérêt et que j’ai d’ailleurs rejeté par la suite…

      Faut avoir les tripes bien accrochées aujourd’hui pour croire que le savoir puisse être utile.

      Tous les jeunes que je connais haïssent le savoir. Sauf le savoir technique, notamment informatique. Bidouiller, éventuellement pirater, voilà leurs univers..

      Très triste.

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 09:29

      @ primate :
       
      Ok, je comprends mieux ce que vous voulez dire, mais comme le disent Gaspard et Gollum, on peut très bien s’accorder du temps pour les deux styles de vie.
      L’hédonisme, c’est très bien, surtout quand on est rentier, ce qui n’est pas le cas de tout le monde malheureusement...
      Et je vous rassure, en voiture, ce n’est pas Nietzsche ou Descartes que j’écoute, j’ai une préférence pour les musiques de dessins animés de mon enfance. Quoi de plus insouciant ?
       
      @ Gollum :
       
      Idem pour moi, la philo en Terminale m’a vacciné contre elle et a fait de moi un petit cancre. Ce n’est guère qu’à 30 ans que je l’ai véritablement découverte et appréciée, noyé que j’étais dans un boulot absurde où m’avaient mené des études scientifiques. D’ailleurs, une fois rendu à la vie professionnelle, je ne me suis pas servi de 10% de ce que l’on m’avait appris durant ces études. Comme tout le monde je pense...


    • L'Andalou L’Andalou 26 février 2014 09:53

      @ gollum et Éric Guéguen
      Vous avez tous les deux de mauvais souvenirs de vos cours de philosophie. Pour ma part, j’ai bien aimé ces cours en terminale. Peut-être parce que la prof que j’ai eue avait un certain talent pour intéresser ses élèves.
      Aujourd’hui, vous portez un grand intérêt pour la philosophie. Quelles seraient, selon vous, les solutions pour que les cours de philosophie captivent ?


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 10:45

      @ L’Andalou :
       
      Très difficile de répondre à votre question. Vous avez raison de dire que le potentiel pédagogique du professeur y fait beaucoup, mais en même temps, on ne peut pas compter là-dessus car il y a des profs vraiment mauvais. Je ne critiquerais pas celle que j’ai eu en Terminale, j’étais avant tout un petit con, point final.

       
      Ce que je pense, en revanche, c’est que faire de la philo en Terminale est une absurdité. Soit il faut en faire dès la classe de Seconde, soit ne pas en faire du tout. Mais en tentant d’en donner un avant-goût aux élèves (qui se transforme bien souvent en arrière-goût), on prend le risque de les en dégoûter (à jamais ?). En outre, les profs auraient davantage de poids dans cette matière si tous les acteurs de la vie sociale, et les médias en particulier, mettaient l’accent sur la puissance de la philosophie pour comprendre le monde et s’y insérer. Personnellement, je m’apprête à obtenir un diplôme supérieur en philo (Master) et déjà j’entends dire qu’il ne faut surtout pas le mentionner sur un CV !! Un philosophe donne l’impression de quelqu’un d’indécis, ne sachant ce qu’il veut faire concrètement de sa vie et se réfugiant dans une discipline de songe-creux... c’est pas délirant ça ???

       

      Moi, j’y suis venu parce que ma condition de salarié devenait absurde : j’étais payé à ne rien foutre. Honnêtement, on s’en contente quelque temps, puis un jour, on se dit : "mais, c’est quoi ma vie au juste ?" J’étais suffisamment équipé intellectuellement pour me poser cette question cruciale, pas assez culturellement pour y répondre. Je me suis peu à peu enfermé aux toilettes pour lire de l’histoire, de la littérature, puis de la philo et, de fil en aiguille, je me suis mis à écrire. J’insiste sur le "puis de la philo" : pour moi, c’est la discipline qui couronne le reste, qui se sert de l’histoire, notamment, comme d’un outil. L’historien, lui, peut se passer de philo. Le philosophe ne peut pas se passer d’histoire. En conséquence de quoi - et ce n’est que mon humble sentiment - la philosophie est réellement la discipline-mère.


    • Gollum Gollum 26 février 2014 11:15

      À mon sens il faut que la philosophie redevienne ce qu’elle était, la discipline mère comme dit Guéguen. Alors que pour un moderne il s’agit juste d’un discours creux, subjectif, où tout le monde donne sa petite opinion.. Bref, un vrai relativisme, sans intérêt, démotivant dès le départ, parce qu’un pur exercice littéraire.


      Alors que pour un Ancien cela touchait à la métaphysique. Moi j’ai connu la philosophie très tôt dès mes 17/18 ans parce que je lisais Pauwels qui était un fan des Upanishads. J’ai donc connu la métaphysique indienne très tôt. Ce fut un coup de foudre et en même temps je sondais le gouffre abyssal entre les modernes et ces anciens de surcroît non occidentaux. Je m’aperçus que le bouddhisme que l’on me présentait dans les milieux catholiques traditionalistes dont je sortais (et où j’étouffais littéralement) comme un obscurantisme avait de vrais philosophes comme Nagarjuna notamment.

      À partir de là je compris très tôt que la philosophie occidentale était nihiliste et que celle qu’on enseignait dans les écoles avait vraiment pour but plus ou moins conscient de dégoûter à jamais les élèves de toute réflexion profonde. Le fait qu’il n’y en ait qu’en terminal étant le susucre destiné à calmer les quelques nostalgiques d’une vraie culture.. Mais en y mettant des auteurs pourris comme je l’ai dit. Faut pas trop en demander quand même.. smiley

      D’accord avec Guéguen qu’il en faudrait bien plus tôt, mais surtout virer tous les modernes sauf quelques exceptions et revenir aux Anciens qui ne s’intéressaient qu’à une chose, l’univers des dieux, le domaine métaphysique.

      Donc pour moi ce sera Platon, Aristote, Plotin, St Bernard, Nagarjuna, etc..
      Pour les modernes qui valent le coup : Heidegger, Husserl, Jung, Eliade..

      Après pour les motivés on peut se taper Freud si ça leur chante.. Sartre, etc.. mais à la lumière d’une pensée métaphysique saine et traditionnelle, le nihilisme de ces gens là apparaît alors clairement.

    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 15:42

      "Et je vous rassure, en voiture, ce n’est pas Nietzsche ou Descartes que j’écoute, j’ai une préférence pour les musiques de dessins animés de mon enfance. Quoi de plus insouciant ?"


      Je ne vous raconte pas le cauchemar d’un parcours Strasbourg-Nice dans la Supercinq tuning à jantes aluminium d’Eric Guéguen, avec ce tube en boucle ! 


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 15:58

       smiley  smiley  smiley
      Non, moi c’est plutôt ça, en chantant à tue-tête, toutes vitres ouvertes :
      http://www.youtube.com/watch?v=RcsEm0YClpY


  • Latigeur Latigeur 25 février 2014 18:17
    Marcel Gaucher donne également une explication de ce reflux de l’envie de savoir et du goût du travail nécessaire pour l’acquérir :
    Au delà de sa mise en cause du spectacle offert par les médias qui ne rendraient pas compte de la valeur du travail, il insiste beaucoup sur ce qui oppose les familles et l’institution chargée de l’enseignement dans nos sociétés.

    Si je ne souscrit pas à l’assertion de Primate sur le savoir qui ne saurait être vrai que s’il est pratique, elle est néanmoins représentative de ce que pensent beaucoup de parents : assurez à nos enfants un minimum de savoirs de base : lire et comprendre ce qu’ils lisent, écrire et pouvoir se faire comprendre par écrit, compter et maîtriser les règles de calcul élémentaires.

    C’est ce que l’école ne fait plus ou fait mal, le consensus avec les familles pourrait commencer à se reconstituer autour de ces objectifs simples.

    Par ailleurs leur apprentissage restaurerait l’autorité du maître et revaloriserait la notion d’effort pour les élèves.

     Enfin, ces savoirs basiques sont nécessaires pour permettre l’évolution des élèves vers des savoirs plus complexes et moins directement perçus comme utilisables au quotidien.

    Je me refuse à suivre M Gauchet quand il rend les familles et la société en général responsables des difficultés de l’école, l’école par ses maîtres et ses théoriciens et leurs programmes a largement participé du reflux du goût du savoir et ce dans un processus dialectique où il est bien difficile de savoir qui est à l’origine de l’évolution.

  •  Qanelle Qanelle 25 février 2014 19:03

    l’Andalou j’aimerai voir le reste. merci.

    Lepage Franck a une approche plus poétique du rôle de l’éducation, du moins pour ceux qui n’ont pas trouvé raisonnable de fabriquer des camps d’éducation ou de rééducation pour nos petite tête.
    L’école se base sur des présupposés dont la légitimité est a redéfinir.
    La condition fondatrice de ces camps est avant toute chose , l’obéissance et la soumission a cet ordre totalitaire.
    Les premières victimes sont les profs a qui on ordonne une loyauté sans partage.
    Et par la force des choses les gosses pour qui je ne sais quoi dire tellement c’en est navrant. Notre chère Albert Jacquart avait proposé bien des choses qui avaient le mérite de ne pas pouvoir être récupéré par le grand capital.
    Mes propos vont probablement irriter grand nombre de têtes bien pleines qui ont apprécié user leur fond de culotte dans ces sanctuaires.
    1950 un fils d’ouvrier sur 100 termine l’unif
    2005 un fils d’ouvrier sur 100 termine l’unif.
    j’adresse toute mon affection au Profs qui aiment encore leur gosse. 
    salut.  

    • L'Andalou L’Andalou 25 février 2014 19:30

      Il est évident que l’école mérite un grand débat de fond.
      Je réponds à votre interrogation tout en rebondissant sur la remarque d’Eric Guéguen plus haut.
      L’enseignement du Français, du latin, du grec a considérablement reculé ces dernières années en France.
      Il y a un moyen efficace d’intéresser les jeunes à ces matières qui "ne servent à rien" : la littérature !!!
      Je n’ai malheureusement pas le temps d’entrer dans les détails. Mais je dirai que Mc Do ne pourra jamais remplacé un restau 3 étoiles. De même, ce qui se fait de nos jours en littérature ne pourra jamais remplacer ce qui se faisait avant 1950. Et les jeunes le sentent, même si les lacunes se sont accumulées durant des années. La principale difficulté qu’ils ont à entrer dans un texte littéraire tient à leur manque de culture historique.

      Si tous ces problèmes sont réglés, je pense que le plaisir d’apprendre pourra reprendre sa place. 

      http://www.youtube.com/watch?v=Qs4ryKvLzMA

      http://www.youtube.com/watch?v=E9OytzJCe88


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 19:39

      La culture, c’est ce qui ne sert à rien, mais sans quoi rien de ce que l’on fait ne pourrait être humain. 


  • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 19:14

    C’est intéressant, mais qu’est-ce que c’est lent ! Il n’y a pas moyen de mettre la vidéo en accéléré ? On a l’impression qu’il parle à des handicapés dont le cerveau fonctionne au ralenti. Sinon, le fond est bien, mais que c’est dilué !! Si j’avais un tel prof, je lui demanderais de me résumer son cours de l’année sur une dizaine de feuilles, pour gagner du temps. C’est épuisant de suivre une pensée lente, ça donne l’impression que le cerveau est en train de se regarder vieillir. 


    Vite, une vidéo de Soral pour retrouver une vitesse de fonctionnement adaptée à mon processeur cérébral !

  •  Qanelle Qanelle 25 février 2014 19:18

    Eric,petit cadeau pour toi, pour sortir de mes invectives et de tes niaiseries.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 21:58

      Je vais finir par croire que c’est toi Lepage-truc...


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 22:00

      Qanelle-Hundertwasser est une fille, je crois. 


      C’est peut-être son agent. smiley

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 22:03

      Alors j’ai compris : elle est amoureuse de moi. La poisse !


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 22:17

      Il faudrait vérifier : si vous la faites bâiller, l’affaire est dans le sac... et vous êtes dans de beaux draps. 


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 22:46

      J’aime beaucoup votre avatar, d’ailleurs, Qanelle. 


      Pas évident qu’une peinture rende quelque chose à la taille d’un timbre poste ! 

      Là, ça fonctionne.

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 23:19

      On dirait plutôt un circuit imprimé et un microprocesseur, non ?


    •  Qanelle Qanelle 26 février 2014 01:00

      vous n’êtes pas si irrésistible, de plus j’ai des grosses paluches .

      je vois que vous n’avez pas été émus du chef-d’oeuvre, tan-pis. Il se fait que bien souvent votre réflexion et votre analyse ont pour effet de susciter chez moi plutôt l’enfermement que la curiosité. on ne peu plaire a tous, je ne vous apprend rien.
      Supportez tout de même ,mon seigneur que les voies de la connaissance sont multiples voir infinies. Rassurez vous je n’ai pas l’intention de vous importuner plus avant.
      Ce forum me sert de plaine de jeux, j’y apprend aussi beaucoup, et m’y amuse très souvent.
      Je vous laisse a vos certitudes, je suis encore un peu jeune. Salut 

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 09:20

      Très bien, excusez-moi, dans ce cas, de vous avoir vexé(e).
      Je n’ai pas de "certitudes", en revanche, j’ai une grande exigence en ce qui concerne la cohérence d’un propos. Je ne dis pas que vous ne l’êtes pas, je dis simplement que je m’évertue à l’être, et que j’abandonne aisément ce qui vous paraît être des "certitudes" si celles-ci me semblent être, après coup, moins cohérentes avec l’ensemble que ce qu’on me propose en lieu et place.

      Rousseau disait qu’il préférait être homme à paradoxes qu’homme à préjugés. Moi, ni l’un ni l’autre ne m’agréent.

      Si toutefois je vous ai paru incohérent à un moment quelconque, merci de me le signaler, il y va de ma santé mentale. smiley
      Bonne journée.


  • Mathias Cohen 25 février 2014 19:48

    Gauchet dit un paquet de conneries :


    1/ La convergence entre les familles et l’école n’irait plus de soi. Mais lorsque la IIIème République a commencé à scolariser les paysans, cela n’allait pas de soi non plus me semble-t-il... Et le collège unique n’a qu’une quarantaine d’année, les classes populaires ont toujours été en décalage avec les valeurs bourgeoises de l’éducation nationale !

    2/ Il n’y aurait plus la même appétence pour l’apprentissage... alors que le niveau de connaissance moyen dans la population n’a jamais été aussi élevé, et avec internet, la connaissance va encore connaître un boum sans précédent.

     Je continue à écouter la conf, parce que ça, c’était juste les 10 premières minutes...

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 21:57

      @ Mathias Cohen :
       
      "2/ Il n’y aurait plus la même appétence pour l’apprentissage... alors que le niveau de connaissance moyen dans la population n’a jamais été aussi élevé, et avec internet, la connaissance va encore connaître un boum sans précédent."
       
      => Je serais beaucoup moins optimiste que vous. En fait, les gens d’aujourd’hui butinent davantage qu’avant. Ils ont quelques notions d’un peu de tout mais s’en tiennent à la surface des choses. Naguère, les gens avaient accès à des domaines plus restreints, mais ils les possédaient de manière plus profonde. Fi de la qualité, à présent c’est le règne de la quantité. Exemple : on apprend aux gamins quelques mots de chinois en maternelle, et ces mêmes gamins seront incapables d’écrire correctement dans leur propre langue arrivés en Terminale... c’est un progrès ça ? Et Internet n’y peut rien faire.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 25 février 2014 22:13

      Internet est fantastique pour se cultiver quand on possède déjà une bonne éducation à la base, la même qui nous pousse à écouter une émission scientifique de France Culture en conduisant ou en faisant la vaisselle. Sinon, le risque est de surtout booster sa connerie en allant voir des sites qui sont exactement du même niveau que ce qu’on a déjà dans la tête, ni plus ni moins (en devenant obèse devant son écran, en plus).


      De la même manière, si on installe une bibliothèque dans un village de cons, ils n’iront pas lire spontanément des bouquins un peu difficiles. 

      Il faut deux choses : 

      - l’accès à la connaissance (par exemple Internet, en effet)
      - l’appétit pour la connaissance - et celui-ci s’attrape surtout dans les premières années de la vie, par contamination au contact de maîtres eux-mêmes intelligents et curieux.



    • Éric Guéguen Éric Guéguen 25 février 2014 22:15

      Pas mieux, Gaspard.


    • Gollum Gollum 26 février 2014 09:41

      Internet a surtout fait proliférer des petits cons prétentieux qui parce qu’ils surfent sur des sites douteux sur la toile se croient cultivés…


      Toute ressemblance avec des personnes fréquentant Avox est purement fortuite. smiley

      Je ne parle pas pour Guégen ni pour Quaspard mais d’autres qui se reconnaitront. (en fait non, ils ne se reconnaitront pas..)

      Je ne crois pas trop non plus à l’éveil du peuple vis à vis de certaines manipulations mentales du système. On est simplement en train de changer les anciennes manipulations par des nouvelles… Et les gens pensent y voir clair mais je pense qu’il n’en est rien. Et cette sensation qu’ils ont d’y voir clair est encore pire que la situation d’avant parce que tout le monde se dit "on sait"…

      Bref je suis très pessimiste.

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 10:31

      Il faut dire qu’il y a une erreur typiquement moderne à penser que l’on est un "sachant" du seul fait d’avoir en permanence et en tous lieux sur soi un smartphone connecté à Internet et donnant accès à Wikipédia.
      Wikipédia, pour avoir des connaissances de base et donner envie d’aller au-delà, c’est merveilleux. Mais s’en tenir à cela, c’est illusoire.
      Cela dit, des gens comme Jean Robin parviennent à vivre en éditant des livres qui ne sont que des copiés-collés de pages Wiki !!! smiley


  • Pierre Régnier 26 février 2014 09:53

    En mars 2000 j’ai proposé à plusieurs revues philosophiques, dont celle qui avait Marcel Gaucher pour responsable de la rédaction, une réflexion sur la violence religieuse. 


    La non-réponse de Marcel Gaucher, pour qui j’ai une très grande estime, fut pour moi la plus difficile à comprendre et à accepter. 


    Même au lendemain du 11 septembre 2001 je n’ai pas pu publier mon texte. Je reproduis dans les commentaires suivants, son début et sa fin, ainsi que les notes concernant ces extraits.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 10:21

      C’est important ce que vous dites là, Pierre (bonjour au passage !).
      Moi j’ai pu remarquer la même chose de mon côté. J’ai travaillé durant des années à maîtriser la langue en autodidacte et, conjointement, à construire une pensée qui me soit propre. Quand j’ai soumis des écrits à des gens du "milieu", j’ai été boudé. Peaufinant la qualité, tant sur le fond que la forme, idem. Alors peut-être n’avais-je pas le niveau, après tout. Mais en lisant certains textes d’auteurs ayant pignon sur rue, totalement indigestes, mal écrits, vides de sens, je me suis dit "non, il y a autre chose".
      En fait, tout démocrates que soient les penseurs que nous écoutons, ils ne croient absolument pas que l’on puisse s’élever sans passer par les canaux de l’université. L’Internet n’a pas de vertus édifiantes à leurs yeux, au moins Finkielkraut a-t-il le mérite de le reconnaître. Je le crois d’autant plus que j’ai repris les études à zéro il y a quelques années, et que j’ai davantage de réponses en écrivant depuis mon adresse mail étudiant.
       
      C’est un constat dramatique : nous avons d’un côté une foule immense ayant accès à tous les savoirs mais qui, en moyenne, boude ces trésors, de l’autre des érudits, des professionnels du savoir ne tentant absolument pas de l’y faire venir. D’un côté des gens avides de savoir ce que le monde recèle réellement, quitte à s’en remettre plus qu’ils ne le méritent aux gourous de la toile (souvent par manque de culture), de l’autre des savants installés et déconnectés du réel, regardant d’un très mauvais œil le fait de discuter sur des fora politiques.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 10:26

      Je nuancerais mon propre propos en ajoutant ceci : il est vrai que les philosophes, sociologues, historiens, éditeurs, journalistes ou autres, encore en activité, ont généralement peu de temps devant eux à consacrer à des gens qui ne sont pas du sérail. Mais quand même... merde, QUAND MÊME !!!


    • Pierre Régnier 26 février 2014 11:13

      Bonjour Éric et merci

       

      Pas seulement pour ce que vous me dites ici mais aussi pour vos commentaires précédents en réponse à primate, Qaspard etc...

       

      Ce qui m’effraie le plus, avec ce qu’est devenue l’école et, dans la même désastreuse dérive, les grands médias portant (sélectionnant, éliminant, minimisant, déformant...) les "débats de société", c’est qu’ils confirment de manière épouvantable - si l’on n’arrive pas à les changer radicalement et à inverser la situation - ce que dit ici Dennis Meadows :

       

      http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/nous-n-y-pouvons-rien-faire-148245

       

      Un texte, il faut le dire à Qaspard, que n’aurait sans doute pas désavoué Ivan Illich


    • Gollum Gollum 26 février 2014 11:37

      Mais en lisant certains textes d’auteurs ayant pignon sur rue, totalement indigestes, mal écrits, vides de sens, je me suis dit "non, il y a autre chose".


      C’est évident qu’il y a autre chose.. Difficile d’y voir clair mais je suis frappé de voir que les vrais auteurs sont plus ou moins boycottés inconsciemment ou de façon voulue de façon à faire perdurer un paradigme matérialiste, rationaliste et nihiliste. C’est frappant en ce qui concerne la psychanalyse où Freud fut porté au pinacle au détriment de Jung parce que celui-ci avait une vue de l’inconscient qui s’opposait au paradigme dominant..

      Pourtant Jung était un géant qui fréquentait les plus grands de son siècle notamment le physicien Pauli. Mais en terminale on étudie Freud, pas Jung (on se demande pourquoi et au nom de quoi ?) qu’on ne fait juste qu’évoquer en passant…

      La portée au pinacle d’un Sartre procède de la même volonté consciente ou inconsciente de pousser les nihilistes en avant afin de promulguer une image déchue de l’homme. 

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 11:45

      Oui Gollum, et je peux en dire autant, bien évidemment, de Marx.
      À Nanterre, impossible de couper à la triade gagnante :
       
      - Marxisme ;
      - French Theory (Deleuze-Derrida-Guattari-Foucault) ;
      - Philosophie analytique, acharnée à réduire la métaphysique classique à néant.

       

      Le reste, c’est juste pour faire joli.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 16:04

      Et il y a aussi une certaine sociologie moderniste qui veut remplacer à la fois la philosophie et l’histoire, qui se pose en discipline matricielle créatrice de paradigmes, et qui a commencé à s’introduire sournoisement dans plusieurs espaces institutionnels. Par exemple les musées sont de plus en plus sous son influence, les historiens y sont mal vus (trop conservateurs !) La théorie du genre vient aussi de ce trou de l’enfer. 


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 16:10

      Le sociologue a le cul entre deux chaises : la philosophie et la science. C’est un type qui espère nous expliquer l’inexistence de l’âme avec des courbes et des camemberts.

       

      Chaque soir, France 2 appointe un sociologue pour venir décortiquer, de sa voix d’expert, un sujet d’actualité... et nous vendre par la même occasion son dernier bouquin moisi.


    • L'Andalou L’Andalou 26 février 2014 16:18

      Puisque vous parlez de sociologie, j’en profite pour citer un passage intéressant du livre intitulé "Pour une philosophie politique de l’éducation" écrit par Marcel Gauchet et deux autres personnes.
      Il y est écrit :
      "Les sociologies dites de la reproduction ont contribué à la dévalorisation du travail scolaire depuis les années 1970 en particulier sous l’influence des théories de Pierre Bourdieu. Cette sociologie pose que le prix attaché à des connaissances, et donc à ceux qui les possèdent, à l’école et dans la société, ne dépend pas de la valeur intrinsèque de ces connaissances, mais d’un processus de division et de hiérarchisation des strates sociales."


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 16:38

      Aaaaahhhh, Bourdieu... Tout un poème. Lui aussi, il est inévitable à la fac !!
      Bourdieu, à mes yeux, n’a sorti qu’une seule phrase intelligente (dans ce que j’en ai lu tout du moins) : "le besoin culturel est un besoin cultivé". On aurait pu en conclure qu’il allait appeler de ses vœux l’école des savoirs ! Eh bien non, il n’a fait que décrédibiliser tout ça.
      Et puis il faut l’entendre (ou plutôt, le lire) déconsidérer les savoirs classiques tout en se gargarisant dans sa prose de locutions latines à n’en plus finir !


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 17:18

      @Eric Guéguen : "Le sociologue a le cul entre deux chaises : la philosophie et la science. C’est un type qui espère nous expliquer l’inexistence de l’âme avec des courbes et des camemberts.

       

      Chaque soir, France 2 appointe un sociologue pour venir décortiquer, de sa voix d’expert, un sujet d’actualité... et nous vendre par la même occasion son dernier bouquin moisi."


      C’est bien ça. Et je le dirais même plus courtement : le sociologue veut tuer notre âme avec des camemberts moisis ! 


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 17:18

      La sociologie de Bourdieu opère par enquêtes, puis par statistiques, enfin par recoupements. Sa grande marotte : le déterminisme social et à la mise au jour du conflit inégale entre dominants et dominés.
      Un célèbre graphe en atteste...
      Avec ça, le gauchiste de base parvient à se repérer facilement. Si un recoupement a été fait entre les possesseurs de meubles de couleur sombre et les gens qui votent à droite, il sait qu’en arrivant chez quelqu’un qui possède des meubles sombres, il est en territoire ennemi... smiley

       

      PS : Sur le graphe, vous constaterez que les héros sont les profs et les artistes, peu friqués et très cultivés, et que les exploitants agricoles sont les pires des salauds, riches et béotiens à la fois. Le fait que les premiers figurent à gauche et les seconds à droite n’est, bien sûr, que pure coïncidence...


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 17:23

      "Aaaaahhhh, Bourdieu... Tout un poème."


      Oui, quand je disais que Marcel Gauchet est trop lent dans cette vidéo, il faut quand même dire que c’est un bolide comparé à Bourdieu. Quand on écoute Bourdieu, ce n’est pas seulement que le temps paraît long : on a carrément l’impression qu’il est inversé. 

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 17:27

      Bourdieu était nul à l’oral, c’est un fait, et il le disait lui-même, ce n’est pas bien grave.
      Le pire du pire, c’est qu’il était tout aussi nul à l’écrit.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 17:38

      Bon d’accord, mauvais à l’oral et à l’écrit. Mais il savait peut-être dessiner de beaux graphiques ? 


      Et puis cette évaluation à prétention objective néo-bourgeoise n’est-elle pas l’indice de votre tendance droitière ? Ne trouverait-on pas chez vous des meubles de couleur brune ? Voire des chemises brunes ? Hein, hein ?!

    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 17:39

      En plus le Capitaine Flamme, c’est un héros de fils de bourgeois. 


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 26 février 2014 17:51

      J’ai même monté, hier soir, un superbe lit 160x200 en acacia foncé.
      Je cherche les emmerdes...
      La coupe années 30 du Capitaine Flam avait ma préférence sur la coiffure hippie d’Albator, je n’y peux rien, mea culpa.


    • Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 26 février 2014 18:24
      Et comme par hasard, on retrouve la "flamme" du fameux capitaine dans le logo de quel genre de partis politiques, hein ?

      http://www.youtube.com/watch?v=OrnX-4kUEJY

      De plus, ce titre de "capitaine", comment ne pas y voir une atteinte à l’honneur, par une ironie douteuse - et je n’hésite pas à le dire, Messieurs, oui oui, il faut avoir le courage de dire ces choses en cette heure grave de notre histoire - une atteinte à l’honneur par une ironie douteuse et suspecte et même absolument nauséabonde, à la mémoire du Capitaine Dreyfus, bien sûr !! 

  • Pierre Régnier 26 février 2014 10:11

    suite 1/

     

    Début de mon texte proposé en mars 2000 à Marcel Gauchet  Désacraliser la violence religieuse :

     

    Les deux violences religieuses



    Après la "sortie de la religion" (1) qu’est-ce qui doit changer pour que la religion puisse aider à "réenchanter le monde" ? (2) Dans ce monde où l’on continue de tuer au nom de Dieu, la réponse me paraît évidente : l’attitude envers les textes sacrés qui appellent au meurtre, qui prônent ou justifient la violence.

     

    Il faut distinguer la violence exercée par Dieu lui-même dans le monde abstrait ou à venir, par exemple lors du Jugement dernier, pour punir l’homme qui se conduit mal, et la violence nous concernant très directement, celle que Dieu ordonne à l’homme d’exercer. La violence qu’exerce ou exercera Dieu est présentée comme une réalité et justifiée par les trois premières grandes religions abrahamiques, mais aussi par le bahaïsme, qui a pourtant apporté un progrès considérable contre la violence religieuse exercée par les hommes. C’est son prophète, en effet, qui a annoncé comme "première bonne nouvelle" de son "évangile" (3) le fait que "la guerre sainte est effacée du Livre". Jusqu’à présent cependant il faut bien constater que cette heureuse innovation a plus engendré de victimes dans la communauté bahaïe, notamment dans les pays islamiques, que de sagesse dans les trois autres religions.


    • Pierre Régnier 26 février 2014 10:13

      Suite 2/

       

      Il me paraît indispensable de réfléchir surtout à la pérennisation, parmi les violences religieuses, de celle qui est considérée comme étant commise par les hommes sur ordre de Dieu. Celle-ci est, hélas, ici et maintenant, toujours bien concrète.

       

      Dans son livre "La religion dans la démocratrie" (4) Marcel Gauchet me paraît trop optimiste quand il écrit : "Nul parmi nous ne peut plus se concevoir, en tant que citoyen, commandé par l’au-delà. La Cité de l’homme est l’oeuvre de l’homme, à tel point que c’est impiété, désormais, aux yeux du croyant le plus zélé de nos contrées, que de mêler l’idée de Dieu à l’ordre qui nous lie et aux désordres qui nous divisent". L’agnostique citoyen du monde que je suis fera remarquer que la terre entière est désormais "notre contrée", que c’est là qu’il faut étudier le "parcours de la laïcité" (sous-titre du livre) et que certains de ceux qui, comme en Algérie, en Afghanistan ou en Iran, "mêlent l’idée de Dieu aux désordres qui nous divisent" tuent "parmi nous" très fréquemment. Ceux-là se disent très souvent croyants de l’islam, mais ce sont bien toutes les religions abrahamiques qui continuent de cultiver la violence théorique, théologique ; les autres, sur lesquelles ne porte pas cette réflexion n’étant pas pour autant tenues pour dépourvues de toute violence. Le fanatique qui passe à l’acte criminel a bon dos. On souligne qu’il n’a rien compris, ne veut pas comprendre même lorsque, précisément, il a trop bien compris en prenant à la lettre ce qu’on lui a demandé de prendre à la lettre. Qui peut soutenir qu’il est seul responsable et qu’on ne triche pas quand on met un fossé entre ses actes, horribles, et ceux que les religions - traditionnelles, officiellement reconnues - lui ont enseignés comme parfaitement justifiés en d’autres temps ?

       

      Dans le pire des cas les ordres de tuer restent toujours valables et, par exemple, des dignitaires de l’islam appellent publiquement - sans que personne, ni individus ni Etats appliquant leur devoir d’ingérence n’exige leur traduction en justice - au meurtre de Salman Rushdie ou de Taslima Nasreen (pour ne parler que de deux victimes désignées qui ont eu le temps d’alerter le monde démocratique avant que le crime sur leur personne ait été commis ; beaucoup d’autres, en Iran par exemple, n’ont pas eu ce temps)...


    • Pierre Régnier 26 février 2014 10:14

      Suite 3/

       

      Fin de mon texte Désacraliser la violence religieuse :

       

      Une belle occasion nous est donnée de marquer la rupture avec la religieuse folie interprétative, comme avec la fausse et complice laïcité. L’ONU lance une "décennie pour l’éducation à la non-violence ", grâce à un long combat des militants pour une Alternative Non-Violente (pour reprendre le titre de l’excellente publication d’une partie de ces militants) (19). Disons haut et fort que cette initiative ne pourrait atteindre son objectif si le programme éducatif annoncé n’incluait une démarche pour un respect des droits de l’homme au sein de toutes les religions, donc pour une désacralisation de la violence religieuse, y compris dans les religions les plus anciennes, les plus traditionnelles, les plus officiellement reconnues.

       

      Notes :

      (1) Dans son livre "Le désenchantement du monde" (éd. Gallimard, 1985) Marcel Gauchet, qui reproduit dans son titre une expression de Max Weber, précise qu’il ne faut pas interpréter ce qu’il appelle "la sortie de la religion" comme une "disparition" de la religion. "On peut concevoir, à la limite, une société qui ne comprendrait que des croyants et qui n’en serait pas moins une société d’au-delà du religieux".

      (2) L’expression est employée, à propos du judaïsme libertaire en Europe centrale, par Michael Löwy dans le livre qu’il consacre à ce courant : "Rédemption et Utopie" (PUF, 1988)

      (3) Le Kitab-I-Aqdas (Le Plus saint livre), éd. Bahaïes, Bruxelles 1996. Sur la foi bahaïe voir Le Monde Diplomatique de juillet 99 ou Manière de voir n°48 : "La foi bahaïe contre les fanatismes" par William Hatcher, ou "Les Bahà’is" par christian Cannuyer (éd. Brépols 1987) ou "La foi bahà’ie en quelques mots " par Pierre Spierckel (éd. L’Harmattan 2000)

      (4) éd. Gallimard, 1998

      (19) Dans son N°94 (printemps 95) titré "Les religions sont-elles violentes ?" le théologien Emile Granger rompt avec les tricheries théologiques habituelles, condamne la sacralisation, explicitement reconnue, de la violence religieuse et milite "pour une foi sans violence". Il insiste cependant sur la perversion de la foi là où, me semble-t-il, il faudrait insister sur un véritable refus de progresser engendré par le dogmatisme.


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