mardi 5 novembre 2019 - par maQiavel

Les rois excommuniés aux sources de la laïcité ! Conférence François-Marin Fleutot

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La France fut peut-être « la fille aînée de l’Église », mais les rois de France ne furent pas toujours des fils obéissants. En effet, entre le Xème et le XVIIIème siècle, alors que régnaient les Capétiens, seize d’entre eux ont ainsi subi les foudres ecclésiastiques : l’interdit, ou pire, l’excommunication. Tous – même saint Louis ! – se sont un jour ou l’autre opposés à Rome. C’est de cette volonté manifeste des rois de France d’imposer leur propre souveraineté, de leur refus radical d’être soumis à tous les pouvoirs étrangers (même aux puissances internationales de ces époques que furent le Saint-Siège ou l’Empire), qu’est née l’identité singulière du pouvoir politique dans notre pays.

L'historien François-Marin Fleutot nous livre le contenu de ses recherches sur les rapports souvent difficiles qui unissait nos rois à l'Eglise catholique, non pour des affaires de foi mais de souveraineté nationale. L'auteur voit dans cette indépendance revendiquée de la couronne de France, qui valut à nombre de nos souverains l'excommunication, la source de laïcité entendue comme le fait que le roi de France n'a aucun supérieur au temporel.

Voilà de quoi renvoyer à leurs études ceux qui s’imaginent que les sources de la laïcité sont kabbalistiques et judéo-maçonniques.

Source : Cercle Aristote

 



8 réactions


  • maQiavel maQiavel 5 novembre 2019 17:19

    Personnellement, je connaissais un peu l’histoire des conflits entre la monarchie et la papauté et du refus des rois de France de l’immixtion du pouvoir religieux dans leur souveraineté temporelle qui est à la source de la laïcité mais ce qui m’a surpris dans cette conférence, c’est ce que François-Marin Fleutot explique à 20 min sur le droit divin : les légistes royaux avaient besoin d’une arme d’opposition aux prétentions romaines de soumettre la couronne de France. Philippe le Bel ( qui est décidément mon roi préféré) va réunir les Etats généraux pour montrer qu’il ne va pas s’opposer au pape de sa propre autorité mais de celle que va lui conférer son peuple et on y proclame qu’en France on ne reconnaît que deux puissances : Dieu et le Roi. Dieu lui-même choisissant le roi, Rome n’a plus à s’ingérer dans la gestion des affaires temporelles du royaume de France. Le droit divin était donc un outil d’affirmation de la souveraineté de la France.

    Quand on voit les trésors d’ingéniosité déployés par les légistes royaux pour affirmer la souveraineté de la nation ( on peut penser également à la loi salique), on en est que plus écœuré de voir nos représentants actuels la brader au profit d’ instances supranationales au fonctionnement obscur.


  • Ozi Ozi 5 novembre 2019 20:32

    Intéressant, merci !

    Même si je ne partage pas tout, notamment sur l’épisode des Templiers qui, selon François-Marin Fleutot, seraient "une troupe internationale fabriquée par la papauté", qui au delà d’être partiellement faux, est surtout une vision très simpliste et accommodante.. Mais bon dans l’ensemble ça s’écoute.. smiley


    • maQiavel maQiavel 6 novembre 2019 10:18

      @Ozi
      Quel sens politique ( je précise) donnes-tu aux templiers ? N’étaient ils pas sous la juridiction de la papauté ? 


    • Ozi Ozi 6 novembre 2019 11:06

      @maQiavel
      Je contestais simplement la formule de François-Marin Fleutot "une troupe internationale fabriquée par la papauté", l’ordre du temple n’a pas été fabriqué par la papauté, il n’obtint l’exemption papal (c.a.d le fait de ne plus être soumis à la juridiction des évêques mais du Pape seul) que bien après sa reconnaissance au concile de Troyes..


    • maQiavel maQiavel 6 novembre 2019 12:47

      @Ozi
      Ah d’accord. 


  • pegase pegase 6 novembre 2019 11:50

    L’exemple le plus flagrant c’est la pragmatique sanction de Bourges

    scellant le Gallicanisme en France quelques années après l’affaire Jeanne d’Arc en 1438 ...

    Cette ordonnance reprend, avec quelques modifications, une vingtaine de décrets pris par le concile dans l’esprit duquel elle s’inscrit et donne un statut particulier à l’Église de France. Elle constitue en quelque sorte une alliance entre le souverain et le clergé, limite les prérogatives du pape en réaffirmant la suprématie des conciles qui ont clairement défini les pouvoirs du Saint-Siège.

    Il y a eu aussi le chapitre de la triple donation ...

    https://www.youtube.com/watch?v=td45ikTfYog

    Gollum ne va pas tarder à rappliquer smiley


  • pegase pegase 6 novembre 2019 12:09

    Tout est écrit sur le lien wiki, c’est compliqué parce qu’il y avait aussi le concile de Bâle dans une lutte acharnée pour prendre la place du Vatican,même la puissante Université de Paris soutenait le concile de Bâle ... En fait les prélats qui ont condamnés Jeanne au Bucher étaient tous affiliés au Concile de Bâle, dont le fameux évêque Cauchon ...

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gallicanisme

    La doctrine gallicane commence à se formuler après l’opposition entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Les légistes du roi qui sont en lutte contre ce qu’ils jugent des abus de la justice spirituelle justifient l’indépendance du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel d’abord sur le plan judiciaire. Le pape publie la bulle Unam sanctam le 18 novembre 1302, dans laquelle il affirme : « Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain : nous le déclarons, l’énonçons et le définissons. » Le roi réagit vivement en envoyant Guillaume de Nogaret pour tenter d’enlever le pape à Anagni en 1303. C’est un échec.

    Philippe VI réunit en 1329 l’assemblée de Vincennes afin d’avoir un avis sur les conflits entre la justice temporelle et la justice spirituelle. Pierre de Cuignières défend la supériorité de la justice du roi dans le domaine temporel de la Couronne.

    Concernant la Pragmatique Sanction de Bourges, on devine une affaire de gros sous, Le royaume de France coupait les cotisations au Vatican ...

    Cependant, la Pragmatique Sanction est inacceptable pour le pape, malgré le soutien apporté par Charles VII à Eugène IV contre l’antipape élu par les irréductibles de Bâle (particulièrement le premier article sur la prééminence des conciles). Privé de précieux revenus, le Saint-Siège demande l’abrogation de la Pragmatique Sanction, ou du moins que celle-ci soit sérieusement amendée. Des discussions interminables sont entamées . Le pape envoie sur place son légat, Pietro del Monte, en vain. La Pragmatique Sanction est acceptée par le clergé français et par la plupart des parlements.



  • llsalv 13 novembre 2019 12:05

    J’ai écouté le positionnement de la problématique par Fleutot que l’assertion de l’auteur résume bien lorsqu’il évoque le "refus des rois de France de l’immixtion du pouvoir religieux dans leur souveraineté temporelle qui est à la source de la laïcité."

    Cette vision me paraît sans fondement. Elle relève d’une confusion épouvantable et, à la limite, avec une telle logique, on pourrait avancer que c’est le Christ lui-même qui avec sa fameuse réponse "rendez à César..." à l’origine du distinguo fait en Occident entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel serait à la source de la laïcité. 

    Or, on ne peut soutenir cela, sauf à délirer grave.

    La laïcité me paraît plutôt une arme de guerre inventée dans le contexte d’une distinction déjà clairement établie et incontestée entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Elle ne saurait tenter de répondre à un objectif déjà satisfait. L’objectif est ailleurs.

    Après avoir décapité le Roi, ce qu’il s’agissait de faire c’est de "décapiter" le pouvoir que l’Eglise (de France) avait sur les esprits afin d’arracher la France à la transcendance chrétienne. Il s’agissait de couper le lien direct instauré entre Dieu et le royaume de France en enlevant à l’Eglise son ascendant, son "primat". Sous couvert d’égalité, il s’agissait de renverser l’ordre des choses (révolution) et de la faire rentrer dans le rang pour la noyer dans le relativisme et la conflictualité des points de vue contradictoires. Adieu donc la belle unité qui fait la force des nations.

    En passant ainsi de la verticale à l’horizontale (comme on peut le faire quand on perd conscience et qu’on se ramasse au sol, allongé de tout son long, face contre terre), la France n’a pas seulement cruellement chuté, elle est entrée dans une chute qui n’en finit pas, une révolution permanente qui, comme les escaliers de Dante, semble la mener toujours davantage au coeur de l’Enfer.

    ...quoique, il me semble que nous allons bientôt toucher le fond ;-( !


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