Arthur Guerber - La fabrique du progrès : scientisme, système technicien et capitalisme vert
Voici une véritable découverte en la personne d'Arthur Guerber, médecin et penseur libertaire. Singulier parcours que celui de ce jeune homme athée qui dans sa jeunesse a voulu se faire débaptiser afin de marquer sa rupture avec le catholicisme puis qui, un jour, a découvert Jacques Ellul au-travers de son ouvrage Anarchie et christianisme.
Proudhonien de culture, Arthur Guerber a décidé de reprendre le flambeau "ellulien" en consacrant un ouvrage très fouillé et critique sur la domination de la Technique et de ses implications, notamment le scientisme et en revisitant toute l'épistémologie scientifique qui a été imposée, en particulier au-niveau de la médecine.
Voilà une pensée qui mérite d'être défendue, en particulier à notre époque
Extraits de son ouvrage Arthur Guerber - La fabrique du progrès : scientisme, système technicien et capitalisme vert
"Dans les faits, ma scolarité et mon environnement professionnel de médecin m’ont surtout appris à connaître et à comprendre le fonctionnement d’un certain champ scientifique. Ils m’ont alors incidemment offert le recul nécessaire pour le critiquer. C’est ainsi que, partout où me menaient mes études et mes recherches dans la littérature scientifique, je me trouvais face aux limites des connaissances, face à l’abîme de l’ignorance. La guérison de ce vertige anxiogène, de ce sentiment de finitude, passa par une étude autodidacte de la philosophie des sciences, discipline faisant tant défaut aux filières scientifiques. Cette prise de recul épistémologique prit ensuite une dimension politique, tant l’injustice de l’accaparement du prestige de “sachant” par une élite minoritaire me révulsait. Le regard critique que je porte sur mon domaine de compétence – la médecine –, dans lequel sont constamment mobilisés des arguments d’autorité, me causa un certain malaise face à ma légitimité “d’expert de la santé”. Dans un monde fait d’incertitudes et de polémiques, je concevais cette légitimité comme intrinsèquement branlante pour la médecine. Ce malaise me questionna sur le bien-fondé et la partialité d’autres domaines de prétendue expertise, et aboutit à une remise en cause de la dérive technocratique déterminante de notre société, dans laquelle des “spécialistes” monopolisent le débat public. Ma soif de lecture m’a permis alors d’épancher le fossé qui m’empêchait cette réflexion libre, par-delà les chasses gardées d’intellectuels et de scientifiques ayant tendance à sanctuariser leurs domaines de savoir et à entériner les cadres réflexifs de leurs disciplines dogmatiques. Pourtant, les sciences ne pourront être mises au service de la collectivité qu’à la condition d’être comprises dans leurs logiques et leurs limites. Elles doivent être sorties de leur essentialisation en les réintégrant dans leurs multiples déterminismes – notamment sociaux – et enfin chassées de domaines qu’elles occupent illégitimement, notamment ceux de la politique et de la philosophie. »
Arthur Guerber est un jeune médecin à Lyon. Marqué par la culture libertaire et passionné d’épistémologie, de philosophie et de sociologie des techniques, il s’est plongé pendant deux ans dans une large littérature afin d’affiner toutes ses interrogations intimes et les réflexions collectives sur les déterminants de la « fabrication » des savoirs. Au fil du temps, questionnant le concept de progrès, ses recherches se sont concrétisées dans ce livre, constituant ainsi une mine pour poursuivre la discussion.



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Mais bien évidemment d’accord avec votre commentaire 