maQiavel maQiavel 20 septembre 16:59

@micnet

« Dans tout ça, le libre marché des opinions blablabla, c’est un peu de la merde. »

Pour politiser la question et aller au-delà de nos cas personnels et de ce site. La personne qui critiquait ma conception de la liberté d’expression avait commencé par s’attaquer à l’idée libérale du marché des opinions qui permettrait à chacun d’examiner les arguments des uns et des autres et de choisir les meilleures idées. Il disait que c’était grotesque en prenant un exemple :

-Un docteur en physique débat avec un communiquant sur l’existence ou non de la pesanteur. Le communiquant affirme « cette idée de force qui attire irrémédiablement les corps vers le sol est ridicule parce qu’on voit bien que les oiseaux volent ». Pour quiconque a terminé le collège, la stupidité de l’argument du communiquant éclate aux yeux. Maintenant, imaginez que le débat se déroule devant un public d’analphabètes. Imaginez ensuite que le communiquant contrairement au physicien soit un brillant rhétoricien.

-Le plus probable c’est que le physicien se mette à bégayer parce que totalement surpris par la puissance de la bêtise de l’argumentation adverse. Ces bégaiements seront interprétés par l’auditoire comme un signe qu’il n’a rien à répondre, qu’il est coincé. Ensuite il va tenter de déconstruire l’homme de paille adverse, d’expliquer ce qu’est la pesanteur etc. Et ça va lui prendre du temps. Pendant ce temps, le communiquant va lui couper la parole, le ridiculiser par des postures et des astuces rhétoriques. Alors qu’il n’a fallu que 5 secondes au communiquant pour énoncer son propos stupide avec une grande clarté. Et pendant que son contradicteur se dépatouille en déconstruisant le premier argument, le communiquant peut encore enchainer 10 phrases chocs qu’il n’aura jamais le temps de contredire. A la fin du débat, le public dira « il s’est fait détruire » et aura tendance à penser que le communiquant a raison. Beaucoup dans le public peuvent même devenir fan du communiquant et construire leur propre religion à partir de ses paroles qu’ils avalent comme des vérités absolues. Et c’est ça le problème avec un public ignorant : il ne choisi pas comme vainqueur d’un débat celui qui a les meilleurs arguments mais celui qui en donne le plus l’impression. Au fond, ce n’était pas un débat d’idée mais un concourt de rhétorique.

Je lui avais répondu que je trouvais condescendant de comparer un corps citoyen avec des analphabètes et il m’a dit que tout le monde est analphabète dans un domaine ou un autre. Que lui par exemple ne connaissait rien sur la nécessité d’abandonner ou non le nucléaire. Et que comme c’est un ignorant, dans un débat entre un pro et un anti-nucléaire, il se rangerait très probablement du coté du meilleur rhéteur, de celui qui saurait le plus donner l’impression d’avoir raison.

Ça m’avait fait penser immédiatement à Soral et Zemmour. Leur succès s’explique en partie parce qu’ils arrivent à faire croire à leur auditoire qu’ils savent de quoi ils parlent même en racontant n’importe quoi. Pour Zemmour par exemple ( puisqu’on ne parle que de lui), qui a cette particularité de ne piocher dans l’histoire ce qui corrobore sa vision et de rejeter ce qui n’entre pas dans le cadre, Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS rattaché au centre d’histoire sociale du XX siècle, a démonté son argumentation selon laquelle De Gaulle n’est entré en résistance que lorsqu’il a compris qu’il ne ferait pas partie du gouvernement de Pétain en montrant qu’il s’appuyait sur le témoignage d’un adversaire de De Gaulle et que dans les faits, le général était déjà entré en résistance avant la nomination du gouvernement ( voir la vidéo à partir de 8 :30 ). Et tout ce que Zemmour répond, c’est « J’ai le droit à une interprétation libre des faits » et arrive à mettre son contradicteur dans une posture de prof de gauche (donc synonyme de donneur de leçons en profonde dégénérescence idéologique pour le public zémmourien). Zemmour a réussi à donner l’impression qu’il a raison, alors que factuellement, il a tort … mais au fond on s’en fout qu’il ait tort puisqu’il a gagné le débat sur ce point.

Alors, on va dire que ce n’est qu’une question de détail historique sans importance ( ce que je ne crois pas, ça relève d’une vision très spécifique du passé qui en dit long ), mais premièrement Zemmour n’utilise pas ce type d’astuces que pour l’histoire mais sur plein de sujets différent et deuxièmement il est loin d’être le seul à en user, on en voit d’autres sur des problématiques très graves comme le réchauffement climatique, la gestion de la pandémie etc. Dans tout ça, le libre marché des opinions blablabla, c’est un peu de la merde.

J’avais contredit cette personne sur les solutions qu’elle proposait qui me paraissaient pires que le mal qu’elles étaient censées guérir, mais il n’en reste pas moins que ses arguments sur l’inanité du principe de libre marché des opinions sur laquelle se fonde la conception libérale qui a donné naissance à la notion de liberté d’expression étaient pertinents.


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