BA 12 septembre 09:16

Samedi 12 septembre 2020 :


La deuxième vague est arrivée à Marseille, Bordeaux, et en Guadeloupe.


"Quand on a vu le monde sur les plages cet été à Marseille, on s’attendait à la deuxième vague ... La voilà !" : pour Elsa Simoncini, infirmière en réanimation à l’hôpital marseillais de la Timone, la situation sur le front du Covid-19 est "angoissante".


L’infirmière court d’un box de réanimation à l’autre, essoufflée sous son masque : un médecin a besoin de gants, un autre d’une bouteille d’oxygène, et le téléphone sonne sans arrêt. "Il y a eu une très, très grosse accélération la semaine dernière", confirme le Pr Lionel Velly, anesthésiste réanimateur. Après un été calme, "à partir du 15 août la courbe des cas est montée de façon exponentielle et là, on atteint une mise en tension du système".


La deuxième ville de France, relativement épargnée par la première vague, est aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Marseille connaît un taux d’incidence record, à 275 pour 100.000 habitants (contre 144 pour Paris).


En quelques jours, l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), dont dépend la Timone, a dû ouvrir des lits de réanimation supplémentaires. Elle en compte aujourd’hui 139 dédiés au Covid-19, dont 32 en réanimation. Et vendredi à midi, elle accueillait 114 patients atteints, dont 26 en réanimation.


- "Matelas de sécurité" -


A l’étage du Professeur Velly, 10 de ces 12 lits dédiés étaient occupés vendredi matin. "Il faut toujours qu’il reste deux lits libres, c’est notre matelas de sécurité", explique le médecin. De grandes flèches au sol distinguent ces box des autres, les "non-Covid".


C’est une des grandes différences avec le pic de mars : cette fois, d’autres patients cohabitent avec les malades du coronavirus. "La vie normale a repris, donc on a les accidents de la route, les arrêts cardiaques, les opérations qui se terminent mal", énumère le Pr Velly.


Il estime que l’augmentation du nombre de cas à Marseille est liée à "l’afflux de touristes cet été", mais aussi "à tous les rassemblements festifs". S’y ajoute, selon lui, "la difficulté d’accéder aux tests, notamment pour des personnes très âgées, qui ne peuvent pas faire la queue des heures".


La grande inconnue est "la hauteur de cette deuxième vague", estime le Pr Velly. "Contrairement au mois de mars, on ne peut pas compter sur le confinement pour ralentir la progression". L’équipe envisage déjà, dans les jours à venir, de réserver le plateau de réanimation aux patients Covid, qui sont sur "des longues durées d’hospitalisation : 12 jours pour les ventilés, 21 jours pour les intubés".


- "Il faut le brancher, vite !"
 


Dans une des chambres, un patient présente un tableau préoccupant. "Son état s’aggrave, il dit qu’il est fatigué, il n’a plus de réserves", décrit un médecin. "On attend le plus possible pour intuber, mais là on n’a plus le choix", explique le Pr Velly.


Deux soignants s’y attellent, équipés de casques reliés par de gros tuyaux à des filtres à particules. "Par rapport à mars, aujourd’hui, on est bien équipés, notamment pour ces procédures difficiles et très contaminantes", se félicite le Pr Velly, en brandissant un "vestige de la première vague" : une visière achetée dans un magasin de bricolage.


Pendant l’intubation, la saturation en oxygène du sexagénaire chute soudainement. Le Pr Velly ordonne : "Il faut le brancher, vite, là !". La sonde est posée, le patient sauvé.


Dans les couloirs aseptisés, le calme règne et les échanges se font à voix basse, malgré le stress et l’activité incessante. Pourtant certains visages sont tendus et des infirmières font part au professeur de leurs inquiétudes : le service manque déjà de personnel non-médical.


La cadre de santé de l’hôpital, qui a demandé des renforts, admet : "Ce week-end, vous serez 10, alors qu’il faudrait être 14". Mais elle se veut rassurante : "On va se baser sur l’expérience vécue pour l’améliorer".


Pour s’épargner, médecins et personnels non-médicaux vont tourner, une semaine sur deux en service Covid. "Sinon on ne tiendra pas sur la durée", souffle Adeline, aide-soignante. "En mars, c’était de l’abattage, on ne voyait pas le jour et on avait peur pour nous et nos familles", raconte-t-elle.


Le Pr Velly, lui, met en garde ses équipes : "Évitez les mariages, les baptêmes, ne venez pas à l’hôpital sans masque, si on a des cas parmi le personnel, ça va devenir compliqué."


https://fr.news.yahoo.com/covid-19-%C3%A0-marseille-lh%C3%B4pital-221354235.html


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