Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit 1er novembre 2015 23:02

Il est impossible d’estimer le progrès moral en calculant la proportion de "bien" et de "mal" dans le monde à différentes époques. On ne pourra jamais rien prouver numériquement dans ce domaine et l’on pourra toujours s’entendre dire qu’un esclave qui avait un maître paternaliste était dans une meilleure situation qu’un ouvrier moderne traité comme un outil. 

 

C’est pourquoi je considère que le progrès moral doit s’évaluer non en termes de bonnes actions ou de mauvaises actions (ce qui est impossible), mais en observant l’accroissement des scrupules au sein des populations, en particulier à travers le besoin que ressentent les puissants de justifier constamment leurs saloperies à l’aide de mensonges et de sophismes. La moralité, c’est la capacité de ressentir la honte à l’idée de mal agir. Or, cette capacité semble avoir augmenté au cours des siècles puisque même pour manipuler les masses il faut à présent en tenir compte. On ne peut pas ouvertement commander de "mauvaises" actions (par exemple, cruelles et égoïstes) à un peuple doté d’une conscience morale : il faut le manipuler et lui faire croire qu’il est dans l’armée du Bien. 

 

Aussi paradoxal que cela puise paraître, l’ingénierie sociale est donc un signe de progrès moral. Pour le dire autrement, l’invocation des concepts moraux - même la moins sincère - montre l’obligation faites aux dirigeants - même les plus diaboliques - de composer avec le progrès de la conscience morale au sein des populations. 


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