Joe Chip
1er novembre 2015 19:31
Le paradoxe, c’est que seuls les modernes sont vraiment et franchement réactionnaires. Les monarchistes, traditionnalistes, etc. - au sens sérieux et sociologique du terme - sont en réalité des conservateurs qui cherchent à entretenir le statu quo. Le plus souvent, cela donne des convictions molles et une tendance à accepter la marche des choses au nom d’un certain pragmatisme. J’ai fréquenté des gens de ce milieu il y a quelques années et j’ai rapidement compris qu’il y avait chez eux une défense de l’ordre social bourgeois - donc de la modernité - qui primait sur tout le reste, y-compris leur propre conviction spirituelle et métaphysique qui était toujours reléguée au second plan. C’est la raison pour laquelle vous pouvez mettre un million de cathos à t-shirt rose bonbon dans la rue pour défendre le mariage traditionnel sans pour autant impressionner le régime en place. Quelques nuages de lacrymo et coups de matraques plus tard, et tout ce beau monde était déjà en train d’hurler à la "dictature socialiste" devant les caméra avant d’aller se plaindre assez pathétiquement devant une commission des droits de l’homme de l’UE (si, si, ça s’est terminé comme ça la Manif pour Tous). Alain de Benoist avait ironisé à juste titre sur l’hystérie de ce public BCBG qui découvrait avec horreur que les CRS (prolos) n’étaient pas forcément payés pour être sympas avec les petits bourgeois blancs de l’ouest parisien et de Vendée. A l’inverse, vous n’en mobiliserez pas 100 pour protester contre les délocalisations, le chômage systémique, etc... ce sont des conservateurs, des anars de droite ou des dandy dans le meilleur des cas (c’est à dire des gens qui deviennent des aristocrates du comportement), mais très rarement des réactionnaires.
Le constat, c’est que quelques centaines de racailles de banlieue qui prennent le métro pour aller saccager une rue parisienne ou prendre d’assaut un commissariat font beaucoup plus peur aux politiques qu’un million de fdesouche conservateurs dans la rue.
Bref, les vrais, ceux qui en ont, ne sont pas conservateurs, mais réactionnaires, c’est à dire des modernes antimodernes. Châteaubriand était réactionnaire, parce qu’il était moderne. Il avait admis la rupture de la révolution française, et avec elle le libéralisme, le progrès, la fin de la religion ; il en souffrait, il le déplorait, il le regrettait, mais il jugeait en même temps que ce changement était inévitable et irréversible. Tocqueville : réactionnaire. Baudelaire : fils de bourgeois réactionnaire, apôtre spirituel de la modernité. Flaubert, Balzac : réactionnaires, car modernes. Léon Bloy : violent et intransigeant, donc réactionnaire. Mais le premier vrai réac, c’est Rousseau, auxquels tous ceux que j’ai cités doivent quelque chose (même s’ils le détestaient par ailleurs, ils lui ont tous pompé quelque chose).
C’est simple, recherchez la bête noire des penseurs libéraux et néolibéraux, ils citeront toujours le même nom - Rousseau - et jamais un théologien, un pape contre-révolutionnaire - et pourtant ça a "fulminé" tout au long du XIXème siècle - ou même un écrivain dit traditionnaliste. Rousseau, qui est également la bête noire des conservateurs...
Le réactionnaire est un moderne subversif qui retourne le progrès contre lui-même, quand le conservateur finit toujours par transiger et par trouver une bonne raison de déposer les armes, le plus souvent parce qu’il estime qu’il aurait trop à perdre sur le plan matériel, ou que ce n’est pas le bon moment... en tout cas, il a renoncé à se battre et ne conserve un attachement au passé que par effet d’inertie ou pour trouver une réassurance. L’archétype français du con-servateur, c’est Denis Tillinac, toujours en train de chouiner, de chialer sur la France perdue qui fout le camp... mais toujours prêt aussi à glisser un bulletin dans l’urne pour Sarko, le type qui se vante de ne pas aimer le vin rouge et dont le fils se déclare aujourd’hui patriote américain. Faut pas déconner, le conservateur vit bien quand même, avec ses droits d’auteurs (bien modernes) qui lui paient sa maison de campagne...
Le réactionnaire est toujours dans le combat, il ne chérit pas un passé révolu et n’idéalise pas un ordre social impossible à retrouver (régime monarchique, pouvoir du catholicisme, société des trois ordres, morale traditionnelle...).
Donc, pour ma part, je me sens réactionnaire mais absolument pas conservateur ni rétif au progrès, au sens matériel ou moral du terme. Je considère que le progrès doit être à la fois accepté (car étant inhérent à la nature humaine et bénéfique par bien des aspects) et combattu sur le plan concret et philosophique. C’est une position un peu dialectique mais que je trouve au fond plus cohérente que l’hypocrisie des conservateurs aisés qui cultivent un anti-modernisme de façade, réduit bien souvent à l’esthétique, en acceptant à priori toutes les catégories de la modernité, du smartphone au mariage gay. Quant à ceux qui pensent que la médecine moderne est maléfique, c’est un choix respectable mais dans ce cas ils doivent se désaffilier de la sécu et se soigner naturellement, merci, sinon ce sont juste de gros hypocrites. On peut d’ailleurs se demander si ce "pseudo-anti-modernisme" n’est pas simplement une lâcheté consistant à s’adapter progressivement, par pallier, à la modernité, tout en se donnant l’illusion de résister, un peu comme un enfant peureux qui irait en tâtonnant dans le grand bain au lieu de s’immerger directement.
Sinon bonne vidéo, il y a indéniablement du progrès (ahah) sur le plan technique. Je pense que tu devrais un peu élargir le cadrage et prévoir l’achat d’un bon micro directionnel (un son "pro" rehausse considérablement la qualité d’une vidéo). Et bon courage avec tous les neuneus nihilistes antitout primaires qui pullulent par ici...
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