maQiavel1983
11 février 2014 12:47
@micnet
Déjà, je vous remercie parce qu’effectivement, vous êtes de bonne foi, je ne peux pas dire le contraire. Et cela a permit de mettre en exergue les divergences de fond sont en réalité philosophique (libre arbitre vs déterminisme), c’est un débat qui existait déjà au début du XIX ème siècle entre les socialistes et les libéraux.
Je vais vous donnez mon point de vue pour appuyer ces divergences et que vous compreniez à votre tour EXACTEMENT d’ où je parle.
1. Je ne crois pas à l’individu libre et autodéterminé. Spinoza disait à peu près, je paraphrase « les hommes se trompent quand ils se croient libre, opinion qui consiste en cela seul qu’ils sont conscient de leurs actes et ignorants des causes qui les déterminent ».
L’homme vit en société, et ensemble ils produisent une structure sociale qui les dépassent et qui les contraints, c’est le déterminisme social.
2. Mais pour autant, je ne crois pas non plus au déterminisme social intégral, l’homme malgré tout a une intervalle de mouvement au sein de la structure car il a une conscience individuelle qui lui est propre, une idiosyncrasie, c’est le déterminisme naturel. On a déjà vu des milliers de fois dans l’histoire des sujets déterminés par des structures avoir la volonté de se retourner contre elle pour les détruire. Quand un certains seuils de volonté se retourne contre la structure, c’est la révolution. Mais cette révolution consiste en la mise en place d’une nouvelle machine structurante. Le cycle recommence.
3. Donc l’individu est le produit du déterminisme naturel et du déterminisme social. Par delà, il y’ a deux types de désirs :
-le désir d’être : qui sont des désirs que l’on peut satisfaire sans en priver autrui. Il s’agit de jouir de ce qui est non monnayable et non appropriable. La jouissance qu’on en tire améliore même les conditions dans lesquelles les autres peuvent en jouir, et que l’on peut partager de sorte de n’en perdre rien, et même d’y gagner. Par exemple, si je sais écrire des poèmes et que ça me rend heureux, ça n’empêche personne d’être heureux, je peux même aider d’autres personnes à s’élever. Le même raisonnement peut être appliqué à l’art en général, aux sciences etc.
-Le désir d’avoir : qu’on ne peut satisfaire qu’ au détriment d’autrui. Il y’ a deux fétichismes qui symbolisent très bien ce désir , le fétichisme du pouvoir ( avoir le pouvoir , c’ est dominer , et pour dominer , il faut que d’ autres soient soumis ) et le fétichisme de la marchandise ( on ne peut posséder des biens matériels qu’ en en privant la possession à d’ autres , soit parce que les ressources sont limitées soit en créant artificiellement de la rareté , je ne vais pas m’ étendre).
Cette description matérialiste ressemble beaucoup à l’opposition biblique entre la chair et l’esprit. J’y reviendrai.
3. Le désir d’avoir est à l’ origine des structures sociales contraignantes et s’appuie sur le nombre. Les hommes lorsqu’ ils sont assujettis aux passions et aux affects spécifiques à l’avoir, ces puissances individuelles s’agrègent en puissance collective qui s’élève au dessus des parties constituantes s’émancipent de ses créateurs et retombent sur eux. alors même que ce sont ces parties qui lui ont donné naissance.
Une fois que la structure ainsi crée devient autonome et immanente, crée des hiérarchies sociales avec à la base un peuple opprimé à divers degré et au sommet des classes dirigeantes qui n’organisent et ne contrôlent rien mais sont au contraire organisés et contrôlé par elle. Ce sont donc les sujets qui créent la structure mais la structure en retour structure les sujets, c’est une interaction (c’est la raison pour laquelle je ne condamne pas spécifiquement les classes dirigeantes, nous sécrétons tous cette matrice, la responsabilité est collective).
Mais cette structure n’est pas statique, elle est mouvante, elle et se modifie au cours du temps, c’est la raison pour laquelle on parle de dynamique, mais toujours animée d’une logique immanente qui lui est propre et dépasse les individus qui y participent.
Le seul moyen pour combattre la dynamique, c’est de la couper à la source, il faut qu’un certain pourcentage d’individus (selon le type dynamique) se retourne contre elle. Sans cela, c’ est impossible , quel que soit sa position dans la structure hiérarchique.
4. Revenons à présent au cas spécifique de la chrématistique. La monnaie est un intermédiaire entre deux choses (marchandises) et aussi une certaine mesure qui cherche à équivaloir ces choses distinctes dans un rapport mathématique. C’est seulement un mode de représentation. C’est pourquoi Aristote va souligner le caractère subsidiaire de la monnaie : sa dimension conventionnelle. L’argent est une création humaine et non un être naturel. Cette nature conventionnelle de la monnaie fonde le refus de toute vénération excessive et évidemment d’idolâtrie, démesure vicieuse qui ne convient pas. Dans le circuit M-A-M, l’argent est utilisé comme il convient en tant que monnaie passagère ; dans le circuit A-M-A, il devient une fin. Quand on manipule les termes de la circulation on pervertit l’échange car on donne l’initiative à l’argent. On voit ainsi l’argent se soumettre la marchandise alors que dans l’ordre naturel, c’est la marchandise qui doit se soumettre l’argent.
En mettant l’argent à la place de la marchandise en début de chaîne, en fait une chose alors qu’elle n’est qu’un symbole. Cette gestion, qui en fait d’ailleurs une activité non-naturelle, est de faire comme s’il s’agissait d’un être réel alors que la monnaie n’est qu’une mesure conventionnelle. Il y’ a chosification de l’abstrait. Le symbole est pris pour le réel : alors se développe le virtuel qui singe le réel, la vie. .
Cette gestion perverse des échanges se traduit concrètement par des aberrations qui sortent des limites fixées par nos besoins naturels et font croire à l’utopie de l’accroissement sans fin des gains.
Aristote dénonce une violation de la nature. Il y voit même une sorte de monstruosité : un être symbolique engendré en se comportant comme un être vivant.
Marx dira même que les personnes impliquées dans cet échange deviennent des choses, le bourgeois n’est qu’un outil au service du capital qui lui est animé par sa propre logique de production et de reproduction de lui-même, comme un être vivant, il engendre des enfants.
La personnification du capital et la chosification de l’homme sont les deux facteurs qui orienteront la suite de ma réponse.
P.S : Je passe de la chrématistique au capital sans expliquer ce qui caractérise le capital mais mon commentaire sera trop long.
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