LES INSULTES !
30 ans après, Simone Veil s’en souvient
Nous sommes le 29 novembre 1974. Simone Veil, la ministre de la santé présentait son projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse.
(Commencée 3 jours plus tôt, la discussion s’achève enfin. L’Assemblée nationale adopte, par 284 voix contre 189, sur 479 exprimées, le projet légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG).)
RAREMENT un texte n’aura suscité autant de haine et de violence de la part DE PARLEMENTAIRES : tracts infâmes. Intitulé « Ce sont nos enfants, voilà ce qu’ils en font »,
Dans cette atmosphère nauséabonde, Simone Veil, la ministre de la Santé, montre le visage d’une femme courageuse, convaincue de la justesse de cette loi qui va bouleverser la vie de millions de personnes.
Simone Veil :
" Je savais que les débats allaient être difficiles, d’autant que des TRACTS et autres BROCHURES AU CONTENU ODIEUX étaient diffusés. Certains des parlementaires tentaient, jusqu’à la veille de la séance, de me faire retirer le texte, à cause, me disaient-ils, des oppositions et des troubles qu’il suscitait dans la société. MAIS j’ai été très surprise de voir certains des parlementaires avec qui j’entretenais des relations amicales tomber dans le MARCHISME et la VIRULENCE, surtout quand ils évoquaient les raisons religieuses et philosophiques de leur rejet de la légalisation de l’avortement. Je savais que je pouvais compter sur le soutien des socialistes et des communistes. Il n’est JAMAIS TRES AGREABLE, quand on est dans une majorité, de compter sur l’opposition pour faire passer son projet, et QUE CERTAINS DANS VOTRE CAMP VOUS INJURIENT A OUTRANCE. "
" Très peu de femmes siégeaient à l’Assemblée. Si certaines d’entre elles étaient défavorables à la loi, elles ne l’exprimaient pas avec violence. IL Y AVAIT DANS LES PROPOS DES HOMMES COMME UNE ESPECE D’ESCALADE, sans même que les élus s’en rendent compte, sans qu’ils puissent se maîtriser. Depuis 1947, le gouvernement ne comportait pas de ministre femme. Là, les parlementaires avaient face à eux une femme, ce qu’ils estimaient comme une atteinte à leur pouvoir. De plus, cette femme leur parlait d’un sujet pénible... Je pense qu’ils se seraient comportés différemment avec un homme, par exemple un médecin. Il aurait été dans son « rôle », sans doute mieux accepté. "
Simone Veil :
" Ces jours-ci, j’ai reçu des lettres, au ton poli, mais menaçantes. L’une d’elles emploie les mots « 6 millions "(1)
" Ce qui m’énervait alors, c’était de retrouver des croix gammées dans le hall de mon immeuble. C’était difficile pour mes enfants et certains de mes petits-enfants, qui ont eu des réflexions en classe. ... Je ne me suis, en fait, jamais vraiment sentie menacée. Il s’agissait essentiellement d’intimidation."
Les hommes aussi s’en souviennent. Une loi pour l’histoire, par Simone Veil. Éditions Stock, 2004.
(1)les propos qui ont le plus choqué Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, renvoyaient « aux embryons jetés au four crématoire ». Les « 6 millions » dont il est question dans le courrier font référence aux victimes juives des camps d’extermination. Or, il n’y a pas eu 6 millions d’IVG depuis la loi !
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