mardi 21 août 2012 - par droledeje

Les chanteurs francophones oubliés : Petite parenthèse sur Luc Bérimont

Luc Bérimont n'était pas un chanteur, c'était un poète !

 

Cette phrase ne peut que difficilement être comprise aujourd'hui, dans tout son potentiel provoquant... Mais plutôt que de faire mon intéressant cultivé, je vais vous raconter pourquoi...

 

Luc Bérimont était un homme de radio, producteur d’émissions, dont la plus connue reste aujourd’hui "La Fine Fleur de la Chanson Française". Nombreux sont les chanteurs dont j’ai parlé et dont je parlerais qui sont passé par la Fine Fleur. Bertin et la bande, Brua, Juvin, Elbaz et Vasca, bien entendu. Mais aussi des noms plus "connus", comme Lavilliers, Francis Lemarque (encore que... qui connait Francis Lemarque parmi la jeune génération ? ), Pierre Perret ou Nougaro. Il était leur diffuseur, leur promoteur, et pour certains, leur ami. Et ces derniers le lui rendirent bien.

 

Car Luc Bérimont était aussi un poète. Il serait plus convenable de dire qu’il est un poète, tant ses textes n’ont que peu vieilli. Bien loin d’une écriture expérimentale ou avant-gardiste, Bérimont cherchait avant tout la douceur du vers, la musicalité. En somme la Beauté. Ceci expliquant cela, nombre de ses textes furent mis en musique par ses amis. Bertin, Ferré, Reinhardt Wagner, Jacques Douai, Marc Robine et d’autres encore...

 

Vous trouverez un très bon album ici

 

Mais revenons à cette phrase d’introduction. A l’époque ou la Grande Chanson, comme dirait Béart, passait encore sur les ondes et à la télé, ou elle n’avait pas été tué par le chaudbise, comme dirait Bertin, il existait un débat de fond. La chanson, oui ou non est-elle de la poésie. La corrolaire de cette problèmatique était, a t-on le droit de mettre en musique des poèmes ? Hugo n’a t-il pas dit : " Défense de déposer de la musique au pied de mes vers ! ". Vaste question. Bérimont était bien entendu un des grands défenseurs de la chanson. Pour lui, il était évident que Juvin, Bertin ou Caussimon était des poètes. Bien entendu, je ne peux que lui donner raison. Merde à Hugo, ses vers ne sont jamais aussi beau que chanté par Colette Magny. Les mots d’Aragon prennent toute leur puissance dans la bouche d’Ogeret, de Ferré ou de Ferrat. La liste est encore longue, mais citons au moins le couple Prévert/Kosma.

 

Je digresse. Mais cela résume, j’espère qui était Luc Bérimont. Pour voir un extrait des débats qu’il pouvait y avoir à l’époque :

 

Et pour finir en beauté, sur des mots qui ne soient pas les miens, voici un poème de Bérimont, et la chanson qui l’accompagne.

 

" Noël " de Luc Bérimont

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?

Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?

Le vent de l’hiver me corne aux oreilles

Terre de Noël, si blanche et pareille,

Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

 

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,

Cadenas tirés sur la fleur du vin,

Mais la fleur du feu y fermente et veille

Comme le soleil au creux des moulins

Comme le soleil au creux des moulins.

 

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre

Par temps de froidure, il n’est plus de fous,

L’heure de minuit, cette heure où l’on chante

Piquera mon cœur bien mieux que le houx

Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

 

J’avais des amours, des amis sans nombre

Des rires tressés au ciel de l’été,

Lors, me voici seul, tisonnant des ombres

Le charroi d’hiver a tout emporté
Le charroi d’hiver a tout emporté.

 

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,

Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,

Je ne mordrai plus dans l’orange amère

Et ton souvenir m’arrache le cœur.

Et ton souvenir m’arrache le cœur.

 

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?

Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?

Le vent de l’hiver me corne aux oreilles

Terre de Noël, si blanche et pareille,

Si pauvre, si vieille, et si dure aussi

 

Musique de Léo Ferré, interprété par Jacques Bertin :

http://soundcloud.com/droledeje/jac...



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