jeudi 21 octobre 2010 - par
Scènes de pillages à Lyon !
Les incidents se poursuivent à Lyon, pour la cinquième journée consécutive, malgré la visite hier de Brice Hortefeux. Ici, deux vidéos assez surréalistes, où l’on voit des bandes de "jeunes" piller un bureau de tabac, puis différentes boutiques, dans une euphorie inquiétante. L’euphorie insouciante des barbares.
La terreur règne aussi à Saint-Denis (93), où une vingtaine de commerces ont été pillés. "Une étudiante en kinésithérapie, âgée de 20 ans, a déposé plainte mardi après avoir été prise à partie lundi matin par une cinquantaine de casseurs, au volant de sa voiture, rue de la Liberté à Saint-Denis, rapporte Le Parisien. Munis de barres de fer, ceux-ci s’en sont pris à la voiture, blessant au passage la jeune femme à la main. Souffrant d’une fracture au doigt, la jeune femme a dû être opérée mardi et est immobilisée un mois."
A Chelles, en Seine-et-Marne, une jeune lycéenne de 16 ans a perdu un oeil. Un casseur lui a jeté une pierre au visage, alors qu’il visait un policier.
Qui sont donc ces casseurs, qui n’hésitent pas à attaquer les passants ? Le journal Le Progrès propose cette description, pour la ville de Lyon : "Dans la majorité des cas jusqu’à hier soir (où la population était beaucoup plus hétérogène), il s’agissait de jeunes issus de l’immigration maghrébine, âgés entre 14 et 18 ans. Pour ceux qui ont fait l’objet d’une interpellation, certains sont déjà connus des services de police, d’autres pas du tout. (...) Ces agitateurs ne sont d’ailleurs pas que de sexe masculin : tous les observateurs ont été frappés par la présence importante, dans la rue, de jeunes filles du même âge, elles aussi souvent scolarisées en lycées professionnels. (...) Quant aux « motivations », elles sont éparses. Si la plupart aiment jouer à se faire peur et sont là pour en découdre avec la police, d’autres (comme rue Victor-Hugo) avaient l’intention de se remplir les poches en dévalisant les magasins. La réforme des retraites est évoquée - mais n’est-ce pas un discours ? (...)"
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Le magazine Lyon Capitale propose des témoignages pour tenter de comprendre. Si certains lycéens condamnent les violences, d’autres les soutiennent, comme cet élève du lycée général Marcel Sembat à Venissieux, qui déclare : “Toute la casse de ce matin est légitime. C’est pour revendiquer une autre réforme. Ils ne comprennent pas avec des mots, il faut des actes” . Mohamed, du lycée Georges Lamarque à Rillieux lance : “casser et manifester sont importants. Dans les manifestations normales, on n’est pas assez écoutés. On ne nous prend pas au sérieux. Parfois, il faut casser même si ce n’est pas tout le temps le cas. C’est malheureux mais c’est avec des actions comme celle là qu’on se fera entendre. Nous, on a des revendications : supprimer le bouclier fiscal d’une part et ne pas changer l’âge de départ à la retraite. Sarkozy, il ne nous connaît pas, il ne s’intéresse pas à nous, il touche 15 000 euros par mois alors que nos parents galèrent toute leur vie !”
Certains revendiquent leur rôle de casseurs, comme Souleymane, 15 ans, du lycée professionnel Flessel à Lyon : “On a la haine de la police. A Rillieux, ils nous provoquent sans cesse et nous collent en garde à vue. Bien sûr, on est contre la réforme des retraites mais on en profite aussi. Pour sécher les cours mais pas seulement. Il faut qu’ils comprennent que les jeunes ont leur mot à dire. Et manifester ne sert à rien. Il faut passer à autre chose. Si on continue à casser, ils en auront marre et nous écouteront”.
Les professeurs interrogés justifient plus ou moins les violences. Denis, prof à Vaulx-en-Velin : “Il y a quelques centaines de jeunes sur les deux à trois milles lycéens qui ont la haine. Ce sont des gamins des quartiers. Ceux que l’on voit aujourd’hui, ce sont des scènes d’émeute qui rappellent les banlieues. Des gamins humiliés depuis des années qui se révoltent. C’est la misère qui arrive en centre-ville”. Stéphane, prof à Saint-Priest : “Pour la majorité d’entre eux, ce sont des élèves qui végètent dans des lycées professionnels parce qu’ils subissent une orientation. Aujourd’hui, on voit le grand défouloir contre la société”.
Enfin, relevons le témoignage d’Albert Doutre, directeur départemental de la sécurité publique : “ce sont des phénomènes de guérilla urbaine avec ses casses de vitrines et ses pillages en coupe réglée par des groupes de 15 à 20 jeunes. La moitié des personnes interpellées sont des mineurs."

