mercredi 2 octobre 2013 - par Éric Guéguen

Chute de la République romaine et déclin de l’Europe actuelle : de troublantes similitudes ?

Voici un podcast passionnant de l'émission Concordance des Temps, présentée tous les samedis matin par Jean-Noël Jeanneney.

Sujet du 21 septembre dernier : y a-t-il des traits communs à la chute de la Rome républicaine et à l'actuelle crise de l'Europe ? Pour en parler, il reçoit l'historien belge David Engels, à l'occasion de la sortie de son livre Le Déclin.

 

 

On est accoutumé à considérer que les historiens entrant dans la carrière consacrent leur jeune enthousiasme à des travaux approfondis sur des moments, des tensions, des intrigues spécifiques, et qu’ils attendent leur maturité pour aborder à l’audace des vastes synthèses et des survols comparatistes. Or voici que David Engels, professeur d’histoire romaine à l’Université libre de Bruxelles, qui n’a pour sa part que 34 ans d’âge, infirme vaillamment cette règle puisque sa juvénile audace n’a pas hésité à nous offrir une réflexion globale sur un rapprochement inédit à deux milles ans de distance, et il le fait avec un élan et une originalité de pensée qui m’a incité à le convier ce matin. La concordance des temps qu’il développe concerne l’Union européenne en crise. Il la rapproche, dans un livre intitulé significativement « le Déclin », avec celui de la République romaine tardive, épuisant son énergie au profit de l’émergence de l’Empire créé par Auguste et consolidé par ses successeurs. Dans les deux cas, David Engels discerne une crise identitaire qui lui semble de plus grande conséquence que les difficultés économiques et même les déséquilibres institutionnels. Et il va jusqu’à tirer les conséquences de ce parallèle pour se faire le prophète des temps à venir, en prévoyant, en espérant peut-être, une évolution de notre continent qui pourrait, selon lui, s’organiser comme Rome, dans les premiers siècles de notre ère, sous la forme de ce qu’il appelle une Europe impériale modérée. À le lire, on le suit par moment, on regimbe à d’autres, mais on reste toujours stimulé et j’espère que cela va donner quelque sel à notre conversation.

Jean-Noël Jeanneney

 



20 réactions


  • yoananda yoananda 2 octobre 2013 09:46

    Très bon petit livre dont j’ai fait la revue sur mon blog : http://yoananda.wordpress.com/2013/07/21/revue-le-declin-de-david-engels/


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 09:54

      Salut à vous !
      Voilà un bon travail d’équipe dans ce cas. smiley


    • matthius matthius 7 octobre 2013 07:07

      Le film Agora et la chute d’Alexandrie parle de cela.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 7 octobre 2013 15:06

      Ah non matthius, le superbe film Agora traite de la chute de l’Empire romain, pas de la République.


  • Nora Inu Nora Inu 2 octobre 2013 09:58

    David Engels dans les matins de France Culture , en vidéo ici .

    David Engels :

    Professeur titulaire de la chaire d’Histoire romaine à l’Université Libre de Bruxelles. Il est rédacteur en chef de la revue LATOMUS.

    Vient de publier aux éditions du Toucan : Le Déclin, la crise de l’union européenne et la chute de la république romaine


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 19:12

      Exact, mais les Humanités reviennent en force néanmoins.
      J’ai repris les études et j’ai obtenu une licence Humanités l’an dernier.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 23:33

      Sauriez-vous me dire à partir de quelle classe ils ont commencé à traduire des bribes d’auteurs classiques, svp ? 5e, 4e, 3e ?


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 octobre 2013 09:20

      @ lulupipistrel :
       
      Un grand merci pour cette réponse circonstanciée !
      Et pour vous répondre à mon tour, il n’y a qu’une seule Licence Humanités à ce jour en France (à ma connaissance du moins). Elle a été mise en place il y a 6 ans environ à l’université de Nanterre par Monsieur Jean-François Pradeau, spécialiste et traducteur de Platon.
      Depuis, ils ont même ouvert une branche "humanités classiques", tout (ou presque) en grec et en latin il me semble !
      En ce qui me concerne, en licence Humanités j’ai fait de la littérature, beaucoup d’histoire, beaucoup de philo (avec pour l’une et l’autre un découpage antique/médiévale/moderne/contemporaine), de l’anglais, du latin et, chose extraordinaire, inédite... de la rhétorique !
      En L3 nous devions nous spécialiser et j’ai choisi la philo. Je suis maintenant en Master philosophie, je ne fais plus d’anglais, mais j’ai commencé le grec ancien.
      Bien à vous.


  • Ozi Marenlapine 2 octobre 2013 20:51

    Faire des rapprochements globaux sur deux périodes est déjà très hasardeux, alors le faire principalement sur la crise identitaire cela devient rapidement casse-gueule, voir indigent !
    .
    C’est un peu le résumé que je ferais de cet entretien, quelques points d’accord sur l’individualisme, la corruption généralisée ou le désintérêt progressif à la vie de la Cité remplacé par l’éxutoire des jeux, même si là encore ce n’est nullement spécifique à ces deux périodes..
    .
    D’ailleurs l’exercice auquel se livre Engels est totalement biaisé du fait que la période actuelle est unique dans l’histoire de l’humanité pour trois raison :
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    1/ Le progrès technologique, de la robotique en passant par l’informatique et des gains de productivité colossaux engendrés en 60 ans, responsable à 80% du chômage qui au passage n’est pas une maladie mais la conséquence du génie humain ...
    Rome avait ses esclaves humains, nous avons aujourd’hui des esclaves technologiques qui à la différence de l’être humain, ne dorment pas, ne se plaignent pas, ne sont jamais malades, travaillent mieux et plus vite, ect... (je suis étonné qu’il n’en parle pas).
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    2/ La mondialisation, nous sommes aujourd’hui tous interconnectés et interdépendants, cela va du particulier aux zones continentales en passant par l’économie, la finance, ect.. Si un se pête la gueule c’est tout le monde qui vacille !
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    3/ Notre impact sur les ressources primaires est supérieur à ce que la Terre peut fournir, nous consommons plus que la nature ne peut produire, la raréfaction des matières premières à l’échelle planétaire est la cause première des crises systémiques que nous commençons à subir, l’humanité n’a jamais connue ça avant...

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    Bref, intéressant sur certains points, mais tellement pauvre au final (je parle de l’entretien), pas sur que j’achète son bouquin...


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 21:18

      Bonsoir et merci pour votre critique.
       
      Ce que je retiens surtout, au-delà des spécificités des deux époques, c’est la démocratisation qui, ayant usé la politique, finit par conduire tranquillement à l’empire - soit dans notre cas la technocratie globalisée. Tout ceci au travers des mêmes symptômes (dont vous parliez également) : la corruption, l’abandon de la chose publique et l’individualisme croissant.


  • Ozi Marenlapine 2 octobre 2013 21:56

    Oui, technocratie globalisée ou homme (femme) providentiel, c’est l’époque révée des dictatures... mais un phénomène nouveau émerge également, la conscience citoyenne universelle, qui même si elle reste pour l’instant sporadique aux niveaux des acts, n’est pas à sous estimer au niveau de l’attrait, je pense même que c’est elle qui fera la différence au final !


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 22:15

      Tout dépend de ce que l’on met dans le mot "citoyen"...
      Le citoyen romain était soldat, le "citoyen" d’aujourd’hui est consommateur...


    • Ozi Marenlapine 2 octobre 2013 22:48

      Uniquement des consommateurs ? 
      Non, ils n’y a qu’à voir tout les mouvements et associations locales qui s’organisent en marge du système..
      Et que dire des mouvements internationaux, des Indignés aux mouvements Occupy, présent sur tout les continents, penses-tu que ces millions de gens soient rentrés dans une forme de conformisme ? Non , c’est une lumière qui ne demande qu’à être réactivée le moment venu.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 2 octobre 2013 23:31

      Je serais beaucoup plus pessimiste. Comme le dit David Engels lui-même, ce sont les idiots utiles de la boulimie marchande. La véritable indignation se fait dans les crânes, à force de lecture, non dans la rue en jappant sous une pancarte.
      Ce n’est que mon humble point de vue.


  • QaviQeQuarQo davideduardo 3 octobre 2013 06:41

    un autre axe de comparaison non mentionné, pourrait etre la politique monétaire


    en effet, avant jules cesar, on pouvait voir une sorte de récession/déflation qu on imagine facilement par l augmentation du nombre d habitants/esclaves donc de chomeurs, les delocalisations agricoles... et surtout par La dette et la volonté des olligarques créancier de ne pas annuler les dettes (pratiques pourtant courantes dans l antiquité au moyen orient.

    JC , puis auguste reglerent cela grace a une politique de relance keynésienne avant l heure en rajoutant de la monnaie dans le circuit en coulant l or des nombreuses conquetes, en diminuant le poids des pieces ou leur pourcentage d or.

  • QaviQeQuarQo davideduardo 3 octobre 2013 06:51

    j ai bien aimé au début, il raporte que paradoxalement au début de l empire le pouvoir donné a un homme seul (en extrapolant) permet beaucoup plus de contenter les attentions du peuple que la republique olligarchique, et on retrouve cela tout au long de l histoire :


    l oposition ancien regime et 1ere republique et les mécontentements vendéens 
    la 5eme republique de degaulle pour redresser la france pourri par la 4eme republique corrompu
    la republique bolivarienne de chavez enlevant beaucoup de pouvoir aux parlementaires
    ...

    chaque fois on a un gouvernement beaucoup plus centralisé sur une personne et paradoxalement réusissant beaucoup mieux a contenter le peuple...
    On en deviendrait presque monarchiste

    • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 octobre 2013 09:25

      Salutations !
      Merci pour ces détails éclairants (concernant la dépréciation notamment).
      Il y a une sorte d’anacyclose dans l’Histoire politique : une monarchie renversée par des arrivistes, l’établissement d’une aristocratie qui dégénère en oligarchie, la grogne populaire et l’arrivée d’un homme providentiel... qui se fait monarque.
      Notre démocratie n’est guère qu’une oligarchie masquée par le suffrage universel...


    • QaviQeQuarQo davideduardo 3 octobre 2013 15:53

      oui en effet, et souvent le cycle continue en faisant succéder a l homme providentiel des autocrates arrivistes voir des tyrans 

      On a jamais vu une lignée centenaire d hommes providentiels....

      d ou la recherche d un pragmatisme politique nécessaire, d une vision dialectique des formes constitutionnelles : monarchiste un jour , democrate le lendemain

      le cycle est il arretable ?
      une sorte de fin de l histoire par les institutions democratiques stables ?

    • QaviQeQuarQo davideduardo 3 octobre 2013 15:55

      tres bon l anacyclose, je ne connaissais pas le concept


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 octobre 2013 15:57

      C’est du Polybe.
      Le problème également, c’est que lorsque la monarchie est aux commandes, elle est persuadée de l’être à jamais. Mais c’est pareil pour la démocratie ! D’où ces délires de "fin de l’histoire"...


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