Conférençovore Conférençovore 26 août 2022 15:37

Ah bah là, ça m’étonne. Comme dit en modo, j’aurais pas misé un shekel sur la publication de ce module pour le moins... comment dire... glissant.

J’avais lu le texte de l’article mais surtout le livre de Rajsfus il y a des années de cela mais pas encore écouté les documents présents. Le bouquin de Rajsfus préfacé (donc avec l’aval même s’il emet quelques réserves) de Vidal-Naquet est assez explosif. Voici d’ailleurs le tout premier paragraphe de cette préface :

"Le livre de Maurice Rajsfus n’est pas de ceux qu’on se « réjouisse » de présenter au public. Dès le moment où son auteur — que je ne connaissais pas — m’a donné le titre de son ouvrage, Des Juifs dans la collaboration et son sujet : « L’Union générale des Israélites de France », l’UGIF, il ma paru clair qu’il allait au devant de risques terribles et pas seulement celui d’être mal compris, celui au contraire d’être trop bien compris ; c’est dans la mesure où il s’agit d’un ouvrage non gratuitement injurieux mais compromettant, au sens fort du terme, que j’ai accepté — en dépit de certaines divergences sur lesquelles je reviendrai — d’écrire quelques pages au seuil de son ouvrage."

Plus loin, il écrit que :

"Et ceci me conduit à une seconde observation. Les documents archivés témoignent de la coopération entre l’UGIF et les nazis parce qu’ils n’existent qu’en fonction de cette coopération. L’UGIPF, création conjointe des nazis et de Vichy est une structure de coopération. Il en résulte, bien entendu, que les activités clandestines — il y en eut —, les activités destinées à contrecarrer l’entreprise hitlérienne, ne peuvent, par définition même, figurer dans les archives de l’UGIF. Maurice Rajsfus a parfaitement compris le problème. Comme je l’ai signalé, il a reproduit nombre de documents rédigés après la Libération et qui contiennent la tentative de justification de dirigeants de l’UGIF. Il a d’autre part interrogé ceux des acteurs et des témoins directs qu’il a pu retrouver. On ne saurait dire que l’entreprise soit achevée : il y a encore beaucoup à cher- cher et à trouver."

Et il conclut ainsi :

"Il me reste à dire ce qui, après ce long exposé, va, j’imagine de soi, qu’il s’agit d’un livre important, d’un livre qui fut difficile à écrire, d’un livre courageux."

A noter quand même que Vidal-Naquet exprime certains désaccords qui portent essentiellement sur le caractère exceptionnel des circonstances de cette époque, les jeux de classe sociale également qui, selon lui, ont pu expliquer aussi en partie l’attitude des "notables" de l’UGIF : "Les notables de l’UGIF étaient des bourgeois et, tout naturellement, ils se sont conduits comme tels, au sein de l’organisme qu’ils diri- geaient, tout naturellement aussi, ils ont considéré comme normal d’envoyer des Juifs pauvres et étrangers travailler dans les colonies agricoles des Ardennes et de mener une vie tout de même moins déplaisante à Paris."

Je crois qu’il a raison sur ce plan. La guerre n’enlève pas les réflexes de classe et parfois, la solidarité tribalo-religieuse s’efface devant la "logique" du capital.

Je vous colle le lien vers le livre que vous pouvez lire gratuitement :

https://archive.org/details/rajsfus-maurice-des-juifs-dans-la-collaboration-l-u.-g.-i.-f.-1941-1944/page/n5/mode/2up


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe