Daruma 11 juin 22:55

@maQiavel 

Tu ne m’as pas convaincu. Je pense que tu poses mal le problème, ou du moins tu le poses en des termes qui faussent le débat. Connaissant ta rigueur et ton honnêteté intellectuelles, je ne pense que ce soit intentionnel. En toute rigueur, je ne devrais donc pas dire que tu commets des sophismes mais que tu commets des paralogismes.

En effet, et encore une fois sans vouloir t’offenser, ton raisonnement est un faux dilemme en même temps qu’un homme de paille.



 Faux dilemme : soit la catégorie « bobo » est un cliché, un stéréotype, qu’elle n’a pas de fondement rationnel mais qu’elle est basée, non pas sur des éléments factuels mais sur du ressenti, des intuitions vagues et subjectives et qu’elle relève en gros de l’instinct1  ; soit on est rationnel et alors la catégorie « bobo » n’existe pas, la preuve étant qu’elle n’est pas identifiable en termes de catégorie sociologique. Et là on flirte avec le scientisme.

En plus court : le concept de « bobo » ne correspond pas à une catégorie sociologique que l’on peut identifier en tant que classe sociale, donc il n’est pas rationnel, donc les bobos n’existent pas.

Autre version courte : soit on est irrationnel et on croit que les bobos existent, soit on est rationnel et on affirme que les bobos n’existent pas. Tu avoueras que, une fois cette thèse mise à poil, elle n’est plus très sexy...  smiley

Version remixée : non, je plaisante. smiley



 Homme de paille : tu caricatures la position de celui qui pense que les bobos existent, en la taxant de cliché, comme si elle ne pouvait être que cela et rien d’autre, comme si elle était par nature étrangère à toute rationalité. Après cela, effectivement, il t’est facile de la critiquer.


Je comprends que ce qui te tient à cœur, ici, c’est de démasquer l’usage politique propagandiste et électoraliste qui est fait de cette notion et qui consiste à stigmatiser une catégorie de gens pour mieux rallier à sa cause un électorat qui se considère comme n’appartenant pas à cette catégorie.

Petite remarque : je n’aime pas moi non plus le terme « bobo », je lui préfère « bourgeois de gauche » car le bourgeois de gauche n’est pas nécessairement bohème (il peut même être très sédentaire et casanier), et que le critère de l’aisance matérielle n’est pas nécessairement corrélé à la mentalité « bourgeois de gauche » (cet argument n’invalide nullement la catégorie bobo, contrairement à ce que tentent de nous faire croire les anti-non-bobos).

Personnellement, je me fiche complètement de l’usage électoraliste et manipulatoire qui est fait du concept de bobo (bourgeois de gauche). Si je veux examiner une corde pour savoir comment elle est faite, je ne vais pas me demander si elle sert à attacher des objets ou bien à pendre quelqu’un à un arbre. Je ne dis pas que tu utilises le sophisme de l’argument par la conséquence, mais je sens (là, oui on peut parler de ressenti) que ton argumentation en est imbibée.

La meilleure description que je connaisse du bourgeois de gauche nommé improprement « bobo » c’est celle qu’en fait, avec talent et intelligence, François Bégaudeau dans son dernier livre, Histoire de ta bêtise. C’est factuel et rationnel. On est très loin, ici, du stéréotype : c’est une description fine, souvent drôle, et qui atteint si bien sa cible que ça a valu à Bégaudeau de se faire virer du magazine Transfuge.

1 C’est le cas pour certains.


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