alanhorus alanhorus 1er janvier 2016 22:20

Le texte de salve Regina ayant disparut brutalement je le copie ici c’est long mais cela restera dans le cache.

Présentation de la thèse d’Edouard-Marie Gallez,
intitulée « Le Messie et son prophète. Aux origines de l’islam »[1]

Où en est la recherche historique sur cette religion en pleine expansion, dont les fidèles ont largement dépassé le milliard et qui attire de plus en plus les intellectuels ? Comme dans de nombreu­ses questions « sensibles », il y a une « histoire partiale » et une « histoire vraie », pour reprendre l’expression de Jean Guiraud[2]dans ses études sur la « légende noire » anti-catholique. Officiellement, alors que de semblables affirmations sont ridiculisées lorsqu’il s’agit du christianisme, les « spécialistes » feignent de croire aux révélations reçues par Mahomet[3], sur le mont Hira, de l’ange Gabriel, à son voyage nocturne sur Burak, sa jument à tête de femme, et à d’autres éléments fort peu scientifiques de sa lé­gende, et chaque année des thèses universitaires avalisent les ré­cits merveilleux de la sira[4], à grand renfort de citations et de notes érudites. Nous ne nous étendrons pas sur les raisons du véritable terrorisme intellectuel qui a imposé cette version offi­cielle, encore en vigueur, du moins en France jusque dans les débuts du XXI siècle.
Avec la récente parution de la thèse d’Edouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète. Aux origines de l’islam, nous passons véritablement de la légende à l’histoire. Par sa critique impitoya­ble des sources, l’auteur écarte systématiquement toutes les inven­tions orientales et toutes les forgeries des prétendus historiens. Il se fonde, pour en faire une grande synthèse, sur les travaux du petit nombre de chercheurs honnêtes qui, surtout depuis une trentaine d’années, ont osé, dans des études partielles, s’écarter de la version admise par les islamologues patentés. Voyons d’abord, avant de présenter les travaux d’Edouard-Marie Gallez, quels sont ces savants qui ont étudié de façon scientifique la question de l’apparition au Proche-Orient d’une nouvelle religion dans la première moitié du VIIee siècle.
Les chercheurs
Déjà, dans les années 1950, le dominicain Gabriel Théry, écrivant sous le pseudonyme de Hanna Zakarias[5], avait imaginé une hypothèse[6] capable de rendre compte, principalement à partir d’une analyse du texte officiel du Coran[7], des incohérences et des absurdités qui s’y trouvent. Pour lui, l’islam est une « entreprise juive » mise en œuvre par le rabbin de la Mecque, qui aurait converti au judaïsme un jeune arabe nommé Mohammed. Ayant traduit en langue arabe un résumé du Pentateuque (aujourd’hui perdu, mais dont on retrouve des fragments dans le Coran actuel), ce rabbin aurait tenté d’utiliser cet Arabe pour entraîner son peuple dans l’entreprise messianique de reconquête de la Terre promise… pour le compte des Juifs. Possédant maintenant un livre sacré capable de faire pièce à l’Ancien et au Nouveau Testament, les Arabes auraient repris ce projet à leur compte. Cette hypothèse, qui ne tenait déjà pas compte de certaines études partielles publiées antérieurement sur le sujet, est aujourd’hui abandonnée à la suite des travaux des chercheurs que nous allons mentionner. Il n’en reste pas moins que nous pouvons saluer le courage de ce savant, qui a contribué à faire sauter la chape de plomb qui étouffait alors la recherche en matière d’islam.
Tout va changer avec la publication en 1977 de la thèse du professeur (à Cambridge, puis à Princeton), Patricia Crone[8], qui, faisant la synthèse des travaux antérieurs et des découvertes récentes, en particulier en matière d’archéologie, donne enfin une explication plausible des événements qui se déroulèrent au Proche-Orient à partir de 614 (prise de Jérusalem par les Perses).
Ce grand savant a définitivement établi :
- que l’islam n’est pas né dans le Hedjaz (nord-ouest de la péninsule arabique), mais en Syrie ;
- que le Coran ne peut pas être considéré comme un document historique authentique du Vile siècle ;
- que le Mahomet historique n’a rien à voir avec le person­nage dépeint par la sira ;
- que le mécanisme de la tradition islamique empêche de considérer les textes qui en sont issus comme des documents exploitables par les historiens.
Ces études du professeur Patricia Crone ont donné les nouvelles pistes les plus intéressantes de la recherche actuelle.
D’autres érudits ont continué sur cette lancée :
- Le P. Antoine Moussali, par sa connaissance de l’arabe et de la psalmodie, a rétabli le texte de certains versets du Coran et identifié des ajouts postérieurs dans certaines sourates impor­tantes, permettant de nouvelles interprétations. Ce travail, qui semble indispensable avant toute traduction définitive, n’avait jamais été seulement commencé par la pléiade de spécialistes qui, depuis le XIX siècle, se sont penchés sur cet écrit, et qui faisaient confiance au texte officiel du Coran établi par les docteurs de la foi ! Le P. Moussali[9] a dégagé des indices très clairs qui montrent que le « Coran » dont parle (65 fois) l’actuel livre sacré des musulmans était un lectionnaire, traduit de l’araméen en arabe dans les années 610-630. Ce lectionnaire était en usage dans une secte dont nous parlerons plus loin, les judéo-nazaréens. A ce « Coran » primitif, les premiers califes ont ajouté un texte fait d’une compilation d’écrits en arabe, qui, remaniée peu à peu, devint l’actuel Coran au cours du VIII siècle.
- D’autres chercheurs se sont attachés à des aspects partiels de la question et à l’établissement de certains points d’histoire. Parmi eux, citons Ray A. Pritz pour son étude sur la secte des judéo-nazaréens[10] – même si l’affirmation de leur disparition au IVe siècle est aujourd’hui contestée – et Alfred-Louis de Prémare pour sa publication de la liste des documents nouveaux découverts et étudiés depuis une trentaine d’années, avec de très intéressantes monographies sur les différents auteurs et chroniques[11], ainsi que son étude sur l’élaboration du corpus coranique aux VII et VIIIee siècles[12]. Travail indispensable, même si on peut regretter qu’il ait montré trop de timidité à en tirer les conclusions qui pourraient sembler logiques et fait dans ses commentaires sur Mahomet quelques erreurs pour sacrifier à la vérité officielle.
- Cependant, la véritable synthèse de toutes ces études est la thèse d’un jeune savant, Edouard-Marie Gallez, qui a été soutenue en novembre 2004, sous le titre Du messianisme nazaréen au prophétisme islamique. Cette thèse a été publiée en juillet 2005 sous le titre de Le Messie et son prophète. Aux origines de l’islam.Auparavant, l’auteur nous a autorisés à en publier un résumé et quelques « bonnes feuilles »[13]. Les quelques notes qui vont suivre ne font qu’exposer cette nouvelle hypothèse historique qui donne enfin une explication plausible de la naissance de l’islam.

Les Qurayshites
Les Arabes sont un très vieux peuple du Proche et Moyen- Orient, qui n’a jamais eu d’histoire propre. Divisé en de nom­breuses tribus nomades ou sédentaires, ils formaient déjà une des composantes de l’empire perse de Darius I à la fin du Vere siècle avant Jésus-Christ. Les textes bibliques en parlent comme de riches négo­ciants faisant le commerce des aromates, de l’or et des pierres précieuses, et des pasteurs nomades vivant de brigandage. La razzia leur permettait de compléter leur ordinaire par l’appro­priation de biens divers et d’esclaves. Ils peuplaient les confins de la Mésopotamie le long de l’Euphrate, et à l’est de la Syrie.
Ces nomades étaient devenus partiellement sédentaires, formant à partir de la fin du Illesiècle, deux royaumes, les Lakhmides autour de Hira (en Mésopotamie, sur l’Euphrate), et les Ghassanides avec trois lieux de résidence aux confins du désert de Syrie et dans le Golan[14].
« En raison de leur mobilité et de leurs capacités guerrières, les Ghassan étaient pour Byzance des alliés indispensables, qu’il lui fallait ménager », écrit A.L. de Prémare. « Aussi jouaient-ils, comme les Lakhmides, leurs ennemis du côté perse, un rôle important sur l’échiquier politique ».
Au IV siècle, une autre tribu, celle desSaracènes (Saraceni)[15], sous la direction de la « reine » Mauvia (Mawiyya) tentera de secouer la tutelle de Rome : après avoir battu les trou­pes de l’empereur arien Valens (373), elle finit par s’entendre avec les Romains. C’est à partir de cette date que les Arabes com­mencèrent à prendre conscience de leur force militaire : au VIsiècle, ils se mirent, comme mercenaires, au service des deux grands empires qui se disputaient la suprématie au Proche-Orient, Byzance et les Perses. Les Ghassanides seront vassaux de Byzance, les Lakhmides de la Perse.


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