samedi 22 juin - par zendragon

Jean Ziegler : Pourquoi il faut détruire le capitalisme ? La dictature des oligarchies du capital financier globalisé

Détruire la dictature des oligarchies du capital financier globalisé (Les Maîtres du monde)

Avant qu'elle nous détruise...

Thinkerview, ajoutée le 14 juin 2019

 

 

Sur le blog De Pascal Boniface :

 

« Le capitalisme expliqué à ma petite-fille » – 3 questions à Jean Ziegler

 

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2000-2008), Jean Ziegler est actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de son ouvrage : « Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin) », aux éditions du Seuil.

Pourquoi, alors que vous critiquez le capitalisme, reconnaissez-vous son efficacité pour le développement économique ?

Il y a un paradoxe. Le mode de production capitaliste est certainement le mode de production le plus dynamique, le plus créatif, le plus inventif que l’humanité ait connu. Une formidable succession de révolutions – industrielles, scientifiques, technologiques –, notamment la toute dernière, celle de l’électronique, a potentialisé les forces productives de l’humanité d’une façon décisive. Il n’y a plus, au début de notre troisième millénaire, de manque objectif sur la planète. Mais en même temps, les extraordinaires richesses créées ont été monopolisées par une mince oligarchie. Exemple : les 500 plus puissantes sociétés transcontinentales privées ont contrôlé en 2017 52,8% du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites en une année sur la planète. Ces sociétés ont un pouvoir comme jamais un empereur, un roi ou un pape n’a bénéficié sur la Terre. Elles échappent à tout contrôle étatique, parlementaire, syndical ou interétatique. Elles fonctionnent selon un seul principe : la maximalisation du profit dans le temps le plus court possible et à n’importe quel prix humain. Les oligarchies du capital financier globalisé ont érigé un ordre cannibale du monde : toutes les 5 secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou de ses suites immédiates. Alors que la FAO (Food and Agriculture Organization) nous indique que l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans aucun problème 12 milliards d’êtres humains ! Nous sommes actuellement 7,3 milliards d’hommes sur la terre. Il n’y a donc aucune fatalité ; un enfant qui meurt de faim est assassiné. 2 milliards d’êtres humains n’ont aucun accès régulier à une eau potable non nocive. Toutes les quatre minutes, une personne perd la vue par manque de vitamines A. Et les épidémies, depuis longtemps vaincues par la médecine, font annuellement des dizaines de millions de victimes dans les pays de l’hémisphère sud.

La dictature des oligarchies du capital financier globalisé, quelles que soient les performances économiques actuelles créatrices de bien-être pour une minorité, détruit la planète et les hommes. Il faut la détruire avant qu’elle ne nous anéantisse.

Si, comme vous l’écrivez, le capitalisme doit être détruit à défaut de pouvoir être réformé, par quoi faut-il le remplacer ?

Il serait absurde de penser qu’on peut « réformer », « améliorer » ou « adoucir » le capitalisme. On n’a pas pu, par le passé, « améliorer » l’esclavage, « réformer » le colonialisme ou « corriger » les défauts du système de discrimination entre les hommes et les femmes. Les révolutionnaires de 1789 ont détruit la féodalité, la monarchie absolue et le servage. Impossible d’« améliorer » la féodalité !

Chacun de nous porte en lui l’utopie d’un monde plus heureux, plus juste. L’insurrection des consciences est proche. À quel moment et de quelle façon se produira-t-elle ? Personne ne le sait. L’incarnation est un grand mystère : comment, dans quelles circonstances historiques, une idée devient-elle force sociale ? Personne non plus ne connaît d’avance l’organisation, les institutions inédites et le nouveau contrat social qui naîtront des ruines de l’ordre capitaliste. « Caminante, no hay camino, el camino se hace al andar », écrit le poète Antonio Machado (Homme qui marche, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant »).

Le Nouveau Monde plus heureux, plus juste, relève de la liberté libérée dans l’homme, dans les hommes.

La « société civile planétaire », dans laquelle vous semblez placer vos espoirs, est-elle suffisante pour mettre fin au capitalisme ?

Che Guevara a dit : « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures ». Partout, dans les murs de l’oppression, les fissures se multiplient. Des mouvements sociaux – planétaires, ou plus réduits – luttent sur les fronts les plus divers contre l’ordre cannibale du monde. Via Campesina, qui réunit 122 millions de petits paysans, de journaliers agricoles, du Honduras aux Philippines, mais aussi Greenpeace, ATTAC, Amnesty International, les mouvements contre la discrimination des femmes, les mouvements antinucléaires, etc. Des dizaines de millions d’hommes et de femmes sont désormais réveillés et se battent contre la tyrannie des oligarchies capitalistes, avec comme unique moteur la conscience de l’identité et la solidarité. Je suis l’autre, l’autre est moi. Emmanuel Kant a écrit : « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi ».

Non, quoiqu’aient voulu nous faire croire les chantres du capitalisme néolibéral, la main invisible du marché n’est pas le sujet de l’Histoire. La nouvelle société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, est le nouveau sujet de l’Histoire. Elle se renforce chaque jour. Elle est l’espérance des peuples.

L’entretien est également disponible sur Mediapart Le Club.

 

Le livre de Jean Ziegler : 

Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin)

Le capitalisme domine désormais la planète. Les sociétés transcontinentales défient les États et les institutions internationales, piétinent le bien commun, délocalisent leur production où bon leur semble pour maximiser leurs profits, n’hésitant pas à tirer avantage du travail des enfants esclaves dans les pays du tiers-monde.
Résultat : sous l’empire de ce capitalisme mondialisé, plus d’un milliard d’êtres humains voient leur vie broyée par la misère, les inégalités s’accroissent comme jamais, la planète s’épuise, la déprime s’empare des populations, les replis identitaires s’aggravent sous l’effet de la dictature du marché.
Et c’est avec ce système et l’ordre cannibale qu’il impose au monde que Jean Ziegler propose de rompre, au terme d’un dialogue subtil et engagé avec sa petite-fille.

 

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation (2000-2008), Jean Ziegler est actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il a notamment publié, dans la même collection, La faim dans le monde expliquée à mon fils

SEUIL

 



18 réactions


  • Julot_Fr 23 juin 09:22

    L’histoire du capitalisme est de l’enfumage, le probleme cacher derriere la.fable capitaliste est que le systeme bancaire prive est domine par le reseau bancaire Rostschild depuis waterloo.. ils ont le monopole de la creation d’argent dette en occident et il ne peut y avoir de monde libre et honnete quand ces gens ont ce pouvoir absolu. Il faut rendre la creation monaire a l’etat, en france ca veut dire fin de la loi rostschild 1973


  • filo... 23 juin 11:00

    Capitalisme est une escroquerie intellectuelle.

    C’est le système le plus stupide que le cerveau humain a pu le créer.


    • Julot_Fr 23 juin 20:10

      @filo... Cette histoire de capitalisme n’est qu’un ecran qui cache le fonctionnement de l’economie globale. Celle ci est est effet gerer par les banques, banque centrales du fait de leur monopole sur la creation d’argent. Parler de capitalisme dans ces conditions n’a aucun sens


  • zzz999 24 juin 10:07

    Ca fait au moins 30 ans que ce qu’on appelait avant du capitalisme s’est transformé en pur banditisme, les banques étant particulièrement à la tête de cette tendance. Comme dit Jovanovic, on ne compte plus les commis de banques pris la main dans les comptes de leur client en plein vol.


  • maQiavel maQiavel 24 juin 13:19

    J’ai trouvé l’entrevue très intéressante , merci du partage.


    • zendragon zendragon 24 juin 15:45

      @maQiavel
      Merci, c’est vrai !


    • maQiavel maQiavel 26 juin 09:32

      @Zatara

      Comme je l’ai déjà mentionné , ce qui éveille mon intérêt n’éveillera pas forcément le tient et vis versa , trouver de l’intérêt à quelque chose est très subjectif , ce que l’un trouvera convenu ne le sera pas forcément pour l’autre.

      De là , pratiquement tout m’a intéressé dans cet entretien , ses anecdotes sur Thomas Sankara et Ernesto Guevara qu’il a personnellement rencontré , ses explications sur le Noma et la malnutrition en général , sa conception du capitalisme même si je diverge quelquefois.

      Par ailleurs , je suis en déssaccord avec quasiment tout dans le commentaire de PumTchak mais pour l’exprimer il faudrait entrer plus dans le détail dans la définition du capitalisme , de l’histoire de son émergence et ses effets structurels mais là on entre dans de telles généralités que je ne vois pas comment le mettre en commentaire de quelques lignes de façon concise. 


    • maQiavel maQiavel 26 juin 11:32

      @Zatara

      Moi j’ai appris certaines choses ( un exemple parmi d’autres je ne connaissais pas le Noma ). Mais au-delà de ça , mon intérêt ne se porte pas exclusivement sur ce que je ne connais pas , il m’arrive de trouver de l’intérêt pour des choses que je connais déjà si elles sont formulés d’une façon que je trouve adéquate ( comme dit le personnage principal d’Orwel dans « 1984 » , les meilleurs livres sont ceux qui parlent de ce qu’on connait déjà , de ma perspective c’est pareil pour les interviews ) , et les propos de Ziegler sur le capitalisme ont suscité mon intérêt ( malgré l’interviewer qui allait dans tous les sens ).

      Mais je me demande vraiment s’il y’a un quelconque intérêt de parler de la cause pour laquelle quelque chose nous intéresse. J’ai par exemple trouvé inintéressant l’ entretiens de Pierre Conesa à thinkierview sur la diplomatie saoudienne ( non seulement je n’ai rien appris du tout car je me suis pas mal documenté sur la question en lisant de très bonnes enquêtes mais en plus j’ai trouvé qu’il caricaturait ce que je savais déjà , donc ça m’a vite lassé ) , mais je me vois mal demander pourquoi ça intéresse d’autres étant donné que je sais que nous avons tous des perspectives différentes , que nous ne savons pas les mêmes choses et ne portons pas de l’intérêts aux mêmes choses , je trouve cette question étrange , d’aucuns pourraient penser qu’elle implique que nous sommes tous supposé trouver de l’intérêt aux mêmes choses ….



    • maQiavel maQiavel 26 juin 12:44

      @Zatara
      Un exemple parmi d’autres , ça veut dire ce que ça veut dire : un exemple parmi d’autres de choses que j’ai apprises. Donc non , ce n’est pas tout , je n’ai cité qu’un exemple pour ne pas faire toute la liste , ce qui reviendrait presque à résumer un entretien de deux heures. 
      Cet entretien n’a aucun intérêt pour toi , je l’ai bien compris mais moi j’ y ai trouvé beaucoup d’intérêt. On en revient à ce que je disais depuis le début : ce qui a de l’intérêt pour les uns n’en a pas forcément pour les autres. Mais c’est un sujet de discussion en soi ? 


    • maQiavel maQiavel 26 juin 14:08

      @Zatara

      Ça je ne sais pas faire sans caricaturer et je n’aime pas caricaturer ( sauf pour rendre la pareille quand on me carricature). Ce serait pareil si tu me demandais de dire en gros à la volée et sans épiloguer ce que j’ai appris dans l’entretien d’Etienne Chouard à Thinkierview (ou de n’importe qui d’autre ) , ça me serait impossible. Il faudrait que je décrive le contexte et spécifier ensuite ce que j’ai appris dans ce contexte précis. Car ce sont généralement des informations très spécifiques que j’apprends des vidéos , pour les connaissances générales je lis des livres.


  • PumTchak PumTchak 24 juin 17:45

    J’ai regardé la vidéo, sans arriver au bout. C’est très convenu : le capitalisme comme alpha et oméga qui explique tous les malheurs du monde. C’est comme du Badiou, l’explication monocausale. Le poumon, vous dis-je !

     La prédation n’a pas été inventée par le capitalisme, les empires et les conquêtes de jadis n’étaient pas « capitalistes », mais c’était déjà des prédations sur des territoires, des peuples et des ressources. On peut même s’interroger dans l’autre sens : les conquêtes capitalistes sont elles pires que celles militaires passées ? Même en 4 heures, la réponse n’est pas évidente sur un devoir.

    La mondialisation, dans les années 80 a été défavorable aux pays d’Europe Occidentale, mais elle a été favorable aux pays du Sud : une dalle en béton, c’est mieux qu’un sol en terre battue, un congélateur permet de garder le gibier rapporté au lieu de devoir tout manger, la classe moyenne a émergé, la pauvreté a baissé relativement à l’accroissement de la population mondiale, les paysans ont préféré quitter la terre pour un meilleur confort des villes.

    Le communisme est-il mieux ? Celui d’URSS s’est effondré, la Chine, on ne sait pas trop ce que c’est. Et surtout ce type de régime n’empêche pas les ravages écologiques de l’économie capitaliste : assèchement de la mer d’Aral, fleuves rouge, villes asphyxiées…

    Le réel problème, derrière les modèles les plus courants de politiques économiques, c’est le productivisme. On peut répondre qu’avec ça, on a tout dit et rien dit, comme le capitalisme. Mais le productivisme n’est pas simplement une question économique, elle est aussi anthropologique. L’économie a-t-telle une limite ? Non avec le capitalisme : cette question n’existe pas, ou elle est niée. Le productivisme n’est pas un modèle mais une question en soi, venue avec la révolution industrielle : son contraire pourrait être « l’économisme » (un mauvais néologisme, faute de mieux), plus clairement : « savoir être économe ». Et la on remet la mire : une économie suppose-t-elle qu’il y a des choses à économiser (et quoi et comment), ou au contraire n’a-t-elle rien à économiser ?


    • Belenos Belenos 26 juin 09:41

      @PumTchak
      Le réel problème, c’est aussi le "matérialisme" dans bien des sens que l’on peut donner à ce terme. 


    • Belenos Belenos 26 juin 09:47

      « Mais c’est perdre son temps que de vouloir exprimer l’étendue du mépris que peuvent inspirer les productions de cet âge bon marché dont on vante tellement les mérites. Il suffira de dire que le style bon marché est inhérent au système d’exploitation sur lequel est fondé l’industrie moderne. Autrement dit, notre société comprend une masse énorme d’esclaves, qui doivent être nourris, vêtus, logés et divertis en tant qu’esclaves, et que leurs besoins quotidiens obligent à produire les denrées serviles dont l’usage garantit la perpétuation de leur asservissement. »

      https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Morris


    • PumTchak PumTchak 26 juin 10:34

      @Belenos

      En effet, le communisme et le capitalisme sont des modèles économiques invasifs qui ont accaparé l’ensemble des conditions d’existence, y compris la part spirituelle de chacun.
      Mais en face, le monothéisme avait calcifié toute la spiritualité, il ne restait donc plus rien quand celui-ci s’est effondré. Et laisser revenir dans une société une ou des nouvelles formes de spiritualité prend du temps.

      Il y a eu des états intermédiaires, mais qui ont été emportés par les modèles matérialistes :
      - Le socialisme autogestionnaire, des Proudhon, Fourier, Considérant, Owen, qui pensaient l’économie à partir d’un imaginaire de vie collective. Les phalanstères étaient assurément trop rigides, mais auraient pu aussi devenir des bases de construction de sociétés holistiques.
      - Les cités ouvrières, avec le patron qui prenait en charge la vie commune des ouvriers. Rien de parfait, sans doute, mais la stigmate "paternaliste" a détruit un champ de réflexion possible à partir de ce modèle ( comme la stigmate "poujadiste" a détruit le petit commerce).

      Le malheur (mais sans doute ne l’avaient-ils pas mesuré à l’époque) a été la loi Le Chapelier : les corporations étaient un existant pour réfléchir expérimentalement et avec le temps, à des formes et modèles économiques qui ne se réduisaient pas à son matérialisme, ou son utilitarisme. Je vais dire une énormité : la guerre a opposé Pétain et de Gaulle, mais ils étaient d’une époque où existait encore une pensée commune d’une politique économique et sociale avec un état garant des biens publics.


  • Belenos Belenos 26 juin 09:40

    Nous avons en français un problème avec trois mots : capitalisme, libéralisme et "ultra-libéralisme" qui sont souvent confondus ou mal distingués, ou encore définis de diverses façons contradictoires. Cette confusion est la source de bien des malentendus. 


    • Sparker 27 juin 14:12

      @Belenos

      Le problème est que ce sont des "ismes" . Je serai par mon comportement socio/économique un libéral mais je n’en fait pas une religion. Avoir du capital permet d’anticiper à plus ou moins long terme mais dans un cadre de libéralité le capital ne peut être le moteur il n’est que le moyen et je pense donc qu’il peut y avoir d’autres moyens selon le système de répartition, on en fera pas un culte. L’ultra est non réel pour moi c’est une extrapolation égotique d’une catégorie de personnes qui confondent la réalité publique avec leur réalité personnelle, ce sont des dévots d’eux mêmes.
      Bon, ça vaut ce que ça vaut...


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