Joe Chip Joe Chip 21 avril 11:55

@medialter

Plus besoin de mettre en place une politique "orwellienne" quand les citoyens sont devenus paranoïaques et construisent les barrières de leur propre prison mentale. 

Cette vision "orwelienne" du monde correspond à celui des années 50, c’est à dire à la crainte obsessionnelle du collectivisme scientifique et de la bureaucratie totalitaire. Le pire que l’on ait inventé dans ce domaine, ce sont les caméra de surveillance disséminées un peu partout : mais en fait, et on l’a vu encore une fois avec les attentats de Nice, il n’y avait personne derrière les caméra pour surveiller les écrans. On se repose en réalité presque entièrement sur des algorithmes et mieux encore sur la contribution passive du citoyen à sa propre surveillance. On pousse le système jusqu’au bout de sa logique en installant des caméra factices : des études ont démontré que l’effet sur la population est rigoureusement le même. 

Bref, Big Brother n’existe pas. Il n’a pas besoin d’exister tellement l’instinct conformiste est puissant et générateur d’auto-régulation chez l’être humain. C’est pourquoi le système libéral est le plus puissant système de contrôle, supérieur à n’importe quelle dictature puisqu’il efface les barreaux de la prison, les murs de la prison et le directeur de la prison. On l’a oublié, mais au départ, les libéraux n’étaient pas démocrates, ils étaient favorables à la monarchie constitutionnelle ou au despotisme éclairé et rejetaient le suffrage universel. Quand ils ont compris que les élections, loin de nourrir l’instabilité politique, tendaient au contraire à renforcer l’adhésion aux institutions tout en permettant de "réguler" les opinions dissidentes (de les domestiquer, dans une vision bourgeoise du monde), ils sont devenus démocrates.

Toujours dans cette perspective libérale, Big Brother a un inconvénient singulier : son coût matériel, démontré par la dictature soviétique dont les immenses ressources étaient presque entièrement englouties dans le maintien du système : armée de fonctionnaires à entretenir et à dociliser, infrastructures coûteuses, corruption bureaucratique, hygiénisme, etc. Il serait donc non seulement trop coûteux à mettre en place dans un contexte libéral (des milliards de caméra, des dizaines de millions de ligne de code pour exploiter et décoder les images, des supports de stockage qu’il faut entasser dans des endroits ventilés, donc énergivores, des millions de techniciens, d’analystes, etc... bref c’est ingérable à grande échelle) mais en outre on obtient d’aussi bons résultats sur la population en mettant en place des "placébo" (caméra factice ou dont les images ne sont pas monitorées ou enregistrées). 

Notre monde est en fait beaucoup plus "dickien" (de l’auteur de SF Philip K Dick). La "dictature", si ce mot a encore un sens dans le monde occidental, est subjectiviste et intériorisée comme un élément contribuant au confort de l’individu dont la liberté ne consiste plus qu’à choisir par lui-même la modalité de sa "collaboration". 


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