Joe Chip Joe Chip 17 mars 21:36

@maQiavel

Dire que l’Allemagne domine politiquement et surtout idéologiquement la Commission et le Parlement européen, ce n’est pas la même choque que se lancer dans des spéculations sur les conflits d’intérêts au sein du pouvoir actionnarial allemand liés ou supposément liés au capitalisme financier anglo-saxon, mais décrire une réalité qui est reconnue par tous les observateurs de la vie politique européenne.

Ceux qui sont en face de nous, ce sont justement les Allemands. Il va sans dire que si la France était dans une situation plus favorable et pas autant marginalisée au sein de la Commission (un seul poste avec Moscovici, et encore, les Allemands l’ont affublé de deux ministres de tutelle - deux européens du Nord - après lui avoir fait passé un humiliant examen de rattrapage), elle serait en mesure de faire valoir ses intérêts auprès d’une obscure commissaire luxembourgeoise... la politique de la chaise vide de De Gaulle est bien derrière nous.  

http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/pierre-moscovici-commissaire-europeen-sous-tutelle-960987

En gros, la Commission a voulu s’assurer que Moscovici, Français, ne ferait pas preuve de complaisance envers Paris. C’était évidemment une humiliation publique mais c’est passé comme une lettre à la poste. Tu imagines le tollé si demain des officiels remettaient en doute la probité des Allemands au sein des institutions européennes en les soupçonnant de favoriser l’Allemagne, ce qu’ils font très concrètement et que Sigmar Gabriel a d’ailleurs reconnu récemment en déclarant que l’Allemagne avait profité plus que tout autre pays de l’Europe : forcément, puisque dans sa configuration actuelle, néo-fédéraliste, régionaliste et ordo-libérale, elle correspond très précisément aux souhaits formulés par le Bundestag dans le fameux préambule ajouté au Traité de l’Elysée de 63 qui entérinait l’échec de la vision gaulienne de l’Europe. 

Même les pays du sud ont renoncé à toute alliance avec Paris pour contrer la politique de Merkel quand ils ont constaté l’impuissance un rien servile des Français (pour ne pas utiliser un mot plus humiliant) devant les Allemands. Depuis que les Allemands et les Anglais se sont associés pour bloquer Hollande sur la relance budgétaire en 2013, pépère s’est couché sur tous les sujets ou presque, se contentant de faire des petits coups de pute dans le dos de Merkel, sans même avoir la politesse de les assumer politiquement (refus de prendre en charge les centaines de milliers de migrants invités par Merkel). 

Contrairement à beaucoup, je prends la peine de lire des médias européistes (le blog de Quatremer est souvent très instructif, même si c’est un point de vue pro-européen). Quand des personnages aussi lisses et peu susceptibles d’être soupçonnés de nationalisme franchouillard comme Quatremer observent cette domination allemande et la dénoncent - en l’attribuant prioritairement à la faiblesse française, ce en quoi ils n’ont pas tout à fait tort - c’est qu’il y a un vrai problème. 

Je crois pour ma part que les Allemands jouent patiemment, intelligemment et méthodiquement leurs cartes, abattues les unes après les autres depuis les années 60 pour reconquérir la prépondérance continentale : d’abord économique, mais aussi sur le plan politique même s’ils subsiste encore des hésitations au sein des élites allemandes, qui connaissent les lignes jaunes à ne pas franchir (rapprochement avec la Russie qui passe pour le moment par des réseaux semi-officiels liés au lobby énergétique). 

Joshka Fisher, ministre des affaires étrangère, tout à l’euphorie provoquée par la réunification, avait d’ailleurs vendu la mèche il y a une vingtaine d’années en se demandant si : 

"l’Allemagne va enfin obtenir ce que le monde lui a refusé au cours des deux dernières guerres mondiales, c’est-à-dire une sorte d’hégémonie douce sur l’Europe, résultat de son poids, de sa position géographique et de sa puissance industrielle"

Bon, Hitler disait littéralement la même chose vers la fin de la guerre, dans un autre registre, d’accord : "C’est un horrible malentendu, le reich millénaire n’a jamais eu l’intention de chercher des noises à ses cousins de race anglais et américains, nous voulions juste revendiquer notre espace vital sur le continent européen en écrasant la pieuvre judéo-bolchévique et en remettant à leur juste place les sous-races slaves et françaises, vraiment, c’est un malentendu car nous n’avons jamais aspiré à autre chose qu’à une sorte d’hégémonie douce sur l’Europe ! " 

Si Mitterrand a essayé, en vain, d’empêcher et de retarder l’unification allemande, ce n’est pas par crainte du pouvoir financier anglo-saxon mais bien parce qu’il était conscient de ce que cela impliquerait sur le plan politique. Malheureusement, il a pris une très mauvaise décision en cédant sur la monnaie (euro-mark) car il pensait que cette importante concession faite aux Allemands les amènerait à accepter des harmonisations et des transferts de richesse au sein de la zone euro : évidemment, les Allemands n’ont jamais cédé aux demandes françaises sur ce point. 


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